\nQuand Eug\u00e8ne Cornuch\u00e9 con\u00e7oit le casino de Deauville, il imagine tr\u00e8s vite des lieux pour la chanson : il construit un th\u00e9\u00e2tre d\u00e9di\u00e9 au music-hall, il pr\u00e9voit qu\u2019on peut aussi faire des bals et de la chanson dans le grand hall et que le salon des ambassadeurs peut accueillir des d\u00eeners spectacles.<\/p>\nPhilippe Normand<\/footer>\n<\/blockquote>\nUn lieu aux espaces multiples tourn\u00e9s vers la chanson\u2026 ce qui est rapidement confirm\u00e9 par la saison inaugurale du casino orchestr\u00e9e par Gabriel Astruc<\/b>, patron du th\u00e9\u00e2tre des Champs Elys\u00e9es. \u00ab Jusqu\u2019en 1988<\/b>, la chanson a \u00e9t\u00e9 le principal axe de programmation du casino<\/b> \u00bb, confirme Philippe Normand.<\/p>\n\n <\/div>
Le grand hall du casino de Deauville. \u00a9Collection Yves Aublet<\/figcaption><\/figure>\nVid\u00e9os : en ce moment sur Actu<\/figcaption><\/figure>\nUn premier grand concours de la chanson \u00e0 Deauville<\/h2>\n \u00ab C\u2019est le premier festival organis\u00e9 \u00e0 Deauville<\/b> \u00bb, insiste Philippe Normand. De 1948 \u00e0 1956<\/b>, le casino de Deauville a organis\u00e9 le principal et premier grand concours de la chanson<\/b>. Un \u00e9v\u00e9nement qui conna\u00eetra neuf \u00e9ditions<\/b>, avec un concours qui a pour objectif de pr\u00e9senter une chanson cr\u00e9\u00e9e par un interpr\u00e8te. \u00ab C\u2019est l\u2019Eurovision qui, en 1956, reprend l\u2019id\u00e9e\u2026 dans une dimension europ\u00e9enne \u00bb, note le passionn\u00e9 de chanson.<\/p>\n
Ce concours qui \u00ab embrassera tous les courants et tous les registres de la chanson \u00bb va r\u00e9v\u00e9ler et r\u00e9compenser de futurs grands noms, lan\u00e7ant par exemple les carri\u00e8res de Juliette Gr\u00e9co, Annie Cordy, Dario Moreno, Marcel Amont ou encore Nicole Louvier<\/b>. \u00ab C\u2019est une chanteuse qu\u2019on a oubli\u00e9e et qui pourtant est tr\u00e8s importante dans la chanson, Nicole Louvier. Quand on interrogeait Anne Sylvestre ou Barbara, elles disaient que c\u2019\u00e9tait Nicole Louvier qui leur avait ouvert la voie \u00bb, compl\u00e8te Philippe Normand qui insiste :<\/p>\n\nLe Grand concours de la chanson fran\u00e7aise de Deauville demeure le pr\u00e9curseur des grands festivals de chanson qui vont se d\u00e9velopper et s\u2019internationaliser \u00e0 partir des ann\u00e9es 50 dans les stations baln\u00e9aires.<\/p>\nPhilippe Normand<\/footer>\n<\/blockquote>\nUn concours, mais aussi des galas<\/b>, dans la tradition deauvillaise, notamment celui du 14 juillet<\/b> qui anima la station de 1947 \u00e0 1971, au c\u0153ur de l\u2019\u00e9t\u00e9. Au Salon des Ambassadeurs, le Gala tricolore verra passer \u00c9dith Piaf, Charles Trenet, les Compagnons de la chanson ou encore Mireille Mathieu.<\/p>\n\n <\/div>
Georges Moustaki et Edith Piaf sur la plage de Deauville, en ao\u00fbt 1958. \u00a9DR<\/figcaption><\/figure>\nChanter \u00e0 Deauville, un passage oblig\u00e9<\/h2>\n Que \u00e7a soit lors des \u00ab Tourn\u00e9es d\u2019\u00e9t\u00e9<\/b> \u00bb, lors des \u00ab Soir\u00e9es des jeunes <\/b>\u00bb ou encore tout au long de l\u2019ann\u00e9e\u2026 le casino a vu passer de grands noms de la chanson fran\u00e7aise<\/b>, jonglant entre chansons populaires et chansons d\u2019auteurs. \u00ab Dans les ann\u00e9es 1950 et 1960, c\u2019est impressionnant \u00bb, insiste Philippe Normand, prenant l\u2019exemple de l\u2019\u00e9t\u00e9 1955<\/b> o\u00f9 se succ\u00e9deront au Hall de la chanson : Mouloudji, les Compagnons de la chanson, Charles Trenet, Charles Aznavour ou encore Dalida et Gilbert B\u00e9caud<\/b>. Ce dernier reviendra quelques ann\u00e9es plus tard, notamment en 1962, le m\u00eame \u00e9t\u00e9 que Jacques Brel, et Juliette Gr\u00e9co.<\/p>\n\n <\/div>
Jos\u00e9phine Baker, lors de son dernier r\u00e9cital au Salon des Ambassadeurs pour le gala du 31 d\u00e9cembre 1971. \u00a9Coll. Yves Aublet<\/figcaption><\/figure>\n\u00ab J\u2019ai fouill\u00e9 dans les archives de la presse r\u00e9gionale et ce qui est passionnant c\u2019est que chaque concert \u00e9tait chroniqu\u00e9<\/b> \u00e0 l\u2019\u00e9poque, s\u2019enthousiasme Philippe Normand. On apprend des choses g\u00e9niales. Par exemple, le jour o\u00f9 Sylvie Vartan chante \u00e0 Deauville, en 1964<\/b>, on avait d\u00fb renforcer la sono de la salle et une ombre s\u2019\u00e9tait gliss\u00e9e au d\u00e9but du concert, quand les lumi\u00e8res se sont \u00e9teintes. C\u2019\u00e9tait Johnny Hallyday<\/b>, il avait profit\u00e9 d\u2019une permission pendant son service militaire pour retrouver Sylvie \u00e0 Deauville \u00bb.<\/p>\n
L\u2019ancien directeur culturel raconte aussi la venue de L\u00e9o Ferr\u00e9 en 1963<\/b> qui interpr\u00e8te Cannes la braguette<\/i>. \u00ab Il fustige un peu les bourgeois qui paradent dans les d\u00eeners de gala\u2026 qui sont les m\u00eames qu\u2019\u00e0 Deauville, \u00e7a avait froiss\u00e9 certains spectateurs qui \u00e9taient partis \u00bb, sourit Philippe Normand. Ce dernier raconte aussi comment la soir\u00e9e des jeunes, o\u00f9 le public attendait impatiemment la fin du concert pour aller twister, a pu jouer sur les mots de Jean Ferrat<\/b>, quelques mois plus tard, quand il enregistre Nuit et brouillard<\/i> et \u00e9crit : \u00ab L\u2019ombre s\u2019est faite humaine, aujourd\u2019hui c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9, je twisterais les mots s\u2019il fallait les twister \u00bb. \u00ab Je ne peux pas m\u2019emp\u00eacher de penser que \u00e7a n\u2019est pas un hasard \u00bb, consid\u00e8re Philippe Normand qui r\u00e9sume :<\/p>\n\nDans mes recherches, j\u2019ai trouv\u00e9 des articles qui fourmillent d\u2019anecdotes. Elles montrent que Deauville \u00e9tait un passage oblig\u00e9 pour ces chanteurs, et qu\u2019un concert \u00e0 Deauville, \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame chose qu\u2019un concert ailleurs.<\/p>\n