
Publié le 10 sept. 2023 à 11:10Mis à jour le 10 sept. 2023 à 13:08
En près d’un demi-siècle, le festival du cinéma américain de Deauville a traversé plusieurs époques. Les noms prestigieux peints sur les cabines le long de la plage relatent sa longue histoire. Dans les années 1970 et 1980, la manifestation normande recevait à la fois les plus grands acteurs de son temps et les légendes d’autrefois. Ainsi a-t-on pu y croiser Gregory Peck et Harrison Ford en 1977 ou, dix ans plus tard, Bette Davis et Robert de Niro.
Le vide sur le tapis
Ce Bottin mondain, témoigne à la fois de l’éclat du rendez-vous français et de la violence impitoyable de la machine Hollywoodien. En 1988, lorsque le festival reçoit Claudette Colbert, la superstar n’a plus foulé un plateau de cinéma depuis 27 ans. Hollywood a rangé Cléopâtre aux archives avant même ses soixante ans. Dix ans plus tôt, le festival accueillait King Vidor. La carrière du réalisateur de « Duel au soleil » s’était arrêtée en 1959, année de ses 65 ans. Chacun le sait, depuis que l’ouragan du parlant a ravagé le cinéma muet : toute nouvelle époque balaye la précédente, sans aucune pitié pour l’ancien monde.
A un nouveau carrefour de l’histoire du cinéma américain, la 49e édition, qui s’est achevée ce samedi 9 septembre, racontait le combat d’artistes d’aujourd’hui pour leur survie.
Dès le premier week-end une table ronde instructive réunissait plusieurs professionnels du cinéma pour expliquer la grève en cours à Hollywood. Depuis le mois de mai, les syndicats de scénariste et de comédiens ont cessé le travail. Ils demandent aux studios une revalorisation des revenus qui ne tiennent pas compte des diffusions sur plateformes et des garde-fous légaux contre le développement de l’Intelligence Artificielle qui menace leurs emplois. Deauville aura subi les contrecoups de cette grève : la majeure partie des comédiens invités avait choisi, en solidarité avec le mouvement, de ne pas faire le voyage. Le vide laissé sur le tapis rouge, invitait les festivaliers à réfléchir à leur situation.
A petits pas prudents
Dans la sélection, un seul film paraît véritablement embrasser les enjeux technologiques du moment. Réalisé par la franco-newyorkaise Sophie Barthes, « The Pod Generation » (Hors compétition) est une comédie aussi amusante qu’angoissante. Dans un futur proche, un couple a recours aux services d’une société qui propose de concevoir des enfants dans une capsule électronique. L’Intelligence artificielle devient la mère des humains de demain.
La plupart des films dépeignent néanmoins les décors inébranlables d’une Amérique paumée : ensembles pavillonnaires uniformes, champs à perte de vue, trains qui traversent des crépuscules nappés de musiques planantes… et pour la jeunesse la perspective obsessionnelle de la fin du lycée et du départ vers l’université. « J’ai peur que l’on vieillisse et que l’on oublie qui nous sommes aujourd’hui » souffle une jeune fille à son amoureux dans le très joli « She Came to me » de Rebecca Miller. Si le cinéma américain se transforme à toute vitesse, ses films, eux, paraissent avancer à petits pas prudents, en ne s’aventurant que rarement hors des schémas familiers.
[embedded content]
L’heure des jeunes femmes
Le jury de Guillaume Canet ne s’est pas trompé en choisissant les propositions les plus singulières de la sélection. « LaRoy » (Grand Prix) est un polar ironique solidement troussé dans la lignée des frères Coen. Le film de Shane Aktison rafle aussi les Prix du Public et de la Critique.
« The Sweet East » marque la première réalisation en solo du chef opérateur Sean Price Williams. Il déroule le road-movie loufoque d’une lycéenne (Talia Ryder) à travers les USA d’aujourd’hui, de punks en néonazis, cinéastes tarés et islamistes dansants. « The Sweet East » partage le prix du jury avec « Fremont » de Babak Jalali, portrait minimaliste et touchant d’une réfugiée afghane (Anaita Wali Zada) dans une lointaine banlieue de San Francisco.
Ces deux films ont pour point commun de mettre en scène des jeunes femmes, jouées par d’excellentes comédiennes. Ce double prix, illustre une sélection qui travaillait essentiellement le thème de la jeunesse… pour esquisser un avenir américain à la fois incertain et résolument féminin.
Palmarès
Grand Prix : « LaRoy » de Shane Atkinson. En salles en avril 2024.
Prix du Jury : « The Sweet East » de Sean Price Williams. En salles prochainement.
Prix du Jury : « Fremont » de Babak Jalali. En salles le 6 décembre 2023.
Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation 2023 : « The Sweet East ».
Prix du Public de la Ville de Deauville : « LaRoy ».
Prix de la critique : « LaRoy ».
Prix d’Ornano-Valenti : « Rien à perdre » de Delphine Deloget. En salles le 22 novembre.
Cette chronique se veut produite du mieux possible. Vous pouvez utiliser les coordonnées inscrites sur le site web dans l’objectif d’indiquer des précisions sur ce post qui parle du thème « ». Le site deauville-info.com vous soumet de lire ce post autour du thème « ». deauville-info.com est une plateforme numérique qui archive différentes actualités publiées sur le net dont le domaine principal est « ». Consultez notre site deauville-info.com et nos réseaux sociaux dans l’optique d’être au courant des nouvelles publications.