« Je suis en bonne santé et le contact avec les jeunes y est sûrement pour quelque chose, c’est une motivation supplémentaire pour rester en forme », sourit Pierre Santos. À 93 ans, ce passionné de sport compte bien continuer de monter au filet, guidé par son amour de la transmission aux jeunes.
Encore aujourd’hui, trois fois par semaine, le plus vieux licencié de l’Avant-Garde Deauvillaise se rend au Pom’s pour superviser les entraînements des jeunes pongistes de Deauville (Calvados). Une ville d’où il n’est jamais parti depuis sa naissance, en novembre 1931.
Ce ne sont pas des corvées, mais des moments de plaisir. Je continue à entraîner car la santé me le permet. Ça ne me gêne pas de prendre la raquette pour montrer les gestes et je joue encore parfois en loisirs pour garder le contact avec ce sport. Je me sens encore tout à fait à l’aise.
Depuis la naissance du club
« J’ai quasiment connu la création du club », raconte celui qui a rejoint les rangs de l’AGD à 12 ans, en 1943, en pleine Occupation. À cette époque, « il n’y avait que la gymnastique » et seulement une vingtaine de membres à l’AGD. « Aujourd’hui, on a sept disciplines et plus de 700 licenciés », sourit le vice-président du club omnisport, « fier de l’évolution de cette association qui a su garder un esprit sportif ».

Pour ce qui est du tennis de table, Pierre Santos se rappelle avoir d’abord joué « sur la table de la salle à manger, avec les moyens du bord », avant de lancer une section pour cette discipline au sein de l’AGD, dans les années 1950. À cette époque, pour trouver un lieu pour les accueillir, le Deauvillais a pu compter sur une religieuse qui lui prête alors sa salle de cours au patronage pour installer une table.
« Avec des amis, nous avons construit nous-même la première table pour jouer », raconte celui qui, dans sa vie professionnelle, a été entrepreneur de menuiserie et de charpente. « Un prêtre qui avait senti la nécessité d’avoir une salle de sport à Deauville a ensuite fait construire une salle omnisport rue Albert Fracasse, en face de l’école, poursuit Pierre. Comme notre section marchait bien, il a fait construire à l’étage une salle de tennis de table. C’était l’une des premières du département ».
Le club grandissant, sportivement notamment, en atteignant le niveau National 2, les joueurs finirent par déménager dans l’ancienne entreprise Fenetral, avant de rejoindre le Pom’s en 2009, « un outil de travail merveilleux ».
Médailles, labels et titres
Depuis sa création, la section tennis de table a eu de multiples labels pour la récompenser comme club formateur féminin ou encore comme club organisateur. De son côté, Pierre Santos a aussi été récompensé pour son engagement auprès des jeunes, en recevant notamment la Médaille d’or de la Jeunesse et des sports en 2008. Côté succès, l’entraîneur évoque aussi avec fierté des titres féminins de champions de France avec l’AGD ou avec les équipes de Basse-Normandie féminines. Des titres qui le rendent fier : « Cela veut dire que les valeurs sont bien transmises ».
« Une affaire de famille »
Pierre Santos a lancé la section tennis de table de l’AGD, et ne l’a jamais quittée. Et très vite, il a voulu passer des diplômes pour « bien enseigner » aux autres. « Quand on a des jeunes qui attendent quelque chose, il faut avoir du répondant intelligent », raconte celui qui a passé son diplôme 1er degré de tennis de table au Creps d’Houlgate, 2e degré au Creps de Mâcon puis le 3e degré, à l’INS de Paris.
Le sport pour tous les jeunes, c’est bien ce qui a toujours guidé ce défenseur du sport associatif qui n’a jamais voulu « être spectateur, mais acteur ». À la naissance de sa fille, Pierre a aussi eu l’idée d’ouvrir la discipline aux filles. Une passion pour le tennis de table qu’elles embrasseront également.
« Elles avaient toutes les trois des qualités très différentes : la première était une besogneuse, elle avait le courage, la ténacité et le vouloir bien faire qui l’on fait jouer en N2″, sourit-il, avant de poursuivre avec tendresse : « La deuxième était particulièrement douée au service et la troisième, c’était certainement la plus douée, mais aussi la plus paresseuse ». Une transmission qui s’est également poursuivie avec ses petits-enfants, dont il a suivi les parcours. « L’un d’eux s’oriente professionnellement vers le tennis de table, raconte-t-il avec fierté. Ce sport, c’est aussi une affaire de famille« .
Sa grande fierté : le jumelage avec Eicklinghen en Allemagne
« Avec Eicklinghen, en Allemagne, c’est un jumelage qu’on a mis en place grâce aux sections tennis de table et tir de l’Avant-Garde Deauvillaise », raconte avec fierté Pierre Santos. Un jumelage sportif qui se poursuit depuis près de 57 ans. « Régulièrement, on les reçoit à Deauville ».
Il sourit : « J’ai eu la chance de tomber sur un homologue un peu comme moi, un proviseur de lycée qui avait compris ma démarche et on a œuvré ensemble. J’ai aussi l’impression que les jeunes ont pris le relais : quand on les voit ensemble, on a l’impression que ce sont des frères et des sœurs qui se retrouvent »
« J’aime partager les valeurs du sport »
« J’ai arrêté la compétition il y a longtemps, je n’ai jamais été une grosse vedette, sourit-il. Par contre, je continue à transmettre, j’aime partager des valeurs ». Un émerveillement qui continue à l’habiter. « Quand je suis entouré de dizaines et dizaines de jeunes, je me dis que c’est une vraie satisfaction de voir cet élan de la jeunesse. C’était mon rêve d’avoir des gamins si sérieux et avides d’apprendre autour de moi », témoigne-t-il, fier de ceux qu’il appelle avec dévouement : « mes enfants ».
J’aime quand je vois les enfants des enfants que j’ai eus avant, quand je vois les parents revenir jouer, c’est une grande famille.
Au gré des générations qu’il a vu défiler, ce que Pierre a toujours voulu et veut encore, c’est bien leur « faire aimer le sport en général » et toutes ses valeurs : « le goût de l’effort, l’humilité dans la défaite, la fierté et le partage dans la victoire, la discipline, le dépassement de soi et le respect de l’autre, énumère-t-il, écartant toute idée de retraite sportive. Tant que la santé me le permettra, je continuerai à être là, auprès des jeunes ».
En août 2024, Pierre Santos portera la flamme paralympique
S’il aime passer le flambeau aux jeunes, c’est une véritable flamme qu’il portera le 26 août prochain. En effet, Deauville accueillera le passage de la flamme paralympique. Et sur les porteurs de flamme déjà dévoilés, on retrouve 4 « enfants du pays » sélectionnés par le Département et la Ville de Deauville : Anne d’Ornano, Pierre-Louis Attwell, Sacha Tatrou Wandji Ben Samoun… et Pierre Santos. « Au début, je ne comprenais pas trop, réagit le Deauvillais. Après, entre mon âge et ma fidélité à mon club, je me suis dit que ça pouvait transmettre des choses, donc j’ai dit oui. Maintenant j’en suis fier, je me dis que le nom Santos restera comme cela ».
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