Aux Franciscaines, à Deauville (Calvados), les rencontres s’écrivent souvent sur le temps long. Des artistes mettent un pied dans cet écrin culturel, et l’histoire continue. Pour la photographe et plasticienne Valérie Belin, à l’honneur d’une exposition en ce début d’année, la découverte des Franciscaines remonte à 2023, quand sa Power Girl avait fait partie de l’exposition Esprit Pop es-tu là ? « Je suis venue pour le vernissage et j’ai été séduite par le lieu qui est une réussite absolue et par la qualité générale de ce qui s’y passe », sourit-elle.
Lors de cette exposition, des liens se sont noués avec Annie Madet-Vache, directrice du musée, et est alors née l’idée d’une exposition qui lui serait dédiée. « On s’est dit que choisir un thème précis serait réducteur. Certes, la part belle est donnée aux portraits féminins, car c’est une dimension importante de mon travail, mais on a introduit quelques natures mortes, des photos d’objets de manière à faire comprendre l’ensemble de mon travail ».
La quête d’un idéal
Intitulée « Les choses entre elles », nom inspiré d’un film de Michelangelo Antonioni, cette exposition offre une plongée dans plus de trente années de création de Valérie Belin.
Ce titre est très évocateur de ce qui se passe dans mon travail, de cette relation entre les gens et les objets, de la manière dont je les photographie qui est exactement équivalente. Quand je photographie les gens, je les photographie comme des sculptures et quand je photographie des objets qui ne sont pas des objets d’art, je leur donne une dimension supplémentaire comme s’ils étaient animés alors qu’ils sont inertes.
Sur les murs, au fil de la soixantaine de photographies, des personnes et des objets racontent une quête. « C’est un processus de sublimation avec des sujets qui sont en quête d’un idéal qu’ils se sont fixé eux-mêmes et avec lesquels j’ai une empathie », commente l’artiste.

Chaque étage de l’exposition raconte une époque de son travail et une manière d’appréhender le sujet. « Au premier niveau, c’est la période où je travaillais principalement en analogique et en noir et blanc ». Une photographie « très liée à une définition ontologique de la photographie comme empreinte lumineuse », décrit l’artiste qui précise qu’alors, ses sujets étaient de « vraies personnes », à l’image des body-builders ou des jeunes mannequins d’agence, mais aussi des objets en cristal, des moteurs de voiture…
À l’étage, la seconde période de son travail, marquée par l’arrivée du numérique et de la couleur. « Tout d’un coup, mes sujets vont avoir tendance à se déréaliser. On va douter de l’existence même de ce que l’on voit. Il y a une espèce de virtualisation de mes sujets, puis, un peu plus tard, une fabrication de personnages à partir d’un stéréotype, la mannequin d’agence ».

Une série dévoilée pour la première fois
« Quand je commence une nouvelle série, je ne sais pas comment elle va évoluer », reconnaît l’artiste qui, dans son processus de fabrication des images, explore et pousse les limites de la photographie dans sa relation avec le réel. « C’est un travail très empirique, avec beaucoup de ratés. C’est une variation sur un même thème, tout en renouvelant le style, mais il faut que le résultat final soit juste ». Un processus qui part d’une photographie. Souvent un portrait avec des vêtements et une lumière choisis, sur un fond blanc. Puis, vient le travail de postproduction. « Par exemple, pour les Black-Eyed Susan, je viens ajouter des photos de bouquets de fleurs. Il y a aussi tout un travail de chromie, de soustraction de la couleur pour trouver une harmonie, mais aussi de la matière avec une solarisation qui va gommer la présence trop forte des textures ».
Pour les China Girls, Valérie Belin a ajouté des fragments de comics, des photographies de vitrine qui sont « comme des liants » entre les différents plans de l’image. « C’est une cuisine très proche de la peinture, couche par couche. C’est comme un fondu enchaîné ».

Avec Cover Girls, sa dernière série présentée pour la première fois au public, Valérie Belin est revenue à un processus plus proche d’une surimpression, « comme dans le cinéma des années 1930 ou d’Hitchcock ». Elle explique : « C’est un retour à la matière avec l’héliogravure qui permet le transfert d’une image sur une plaque de cuivre. Ça vient un peu brutaliser l’image, la déplacer vers quelque chose de plus sale ». Une technique qui, comme toujours dans son travail, rentre en résonance avec le sujet, avec ces cinq œuvres qui font référence « à la page d’un tabloïd, aux portraits de starlettes qu’on salit avec des faits divers ». Des « jeunes femmes résistances noyées dans le décor, prisonnières d’un environnement », suivant ces mouvements contraires qui animent toujours son travail. « Dans mes images, le vivant est en perpétuelle résistance par rapport à un mouvement contraire, celui d’enlever la vie des modèles. Ces opérations incluent ce questionnement sur la disparition du vivant, sur la dangerosité du diktat de l’image et de l’apparence ».

Cette dernière série marque un moment assez charnière dans son travail. « Je pense que l’apparition de l’intelligence artificielle va transformer mon travail. Je pense qu’il va y avoir un retour à la matière, à une forme d’archaïsme ». Pour l’artiste qui joue avec le réel, ce déploiement de l’IA n’est pas sans conséquence. « Si je dois indiquer sous chacune de mes œuvres »Certifié sans IA », ça n’a plus de sens. Si tout est fait ex nihilo, la dialectique entre le vrai et l’artificiel, qui était assez essentielle dans mon travail, disparaît. Peut-être qu’il est temps de tourner la page de ce travail de surimpression, de sophistication de la postproduction, et d’aller vers autre chose ». Toujours pour continuer garder une précision et une émotion bien réelles, à interroger notre regard et à l’inviter à aller au-delà de la surface des choses.
Jusqu’au 28 juin, aux Franciscaines, à Deauville. Tarifs : 13 € (plein), 8 € (abonné) ou 5 € (étudiant, solidaire). Gratuit pour les jeunes de moins de 16 ans.
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