
Dimanche 15 mars, à Deauville. Dans le bureau de vote centralisateur, Béatrice Augier scrute les réseaux sociaux sur son portable au cordon rose. À 20 h 02, son mari annonce avoir recueilli 73,61 % des voix au premier tour. Les « Bravo ! » montent dans la salle. « Philippe ! » lance Béatrice, lunettes fumées et cheveux roux attachés en queue-de-cheval. Il l’enlace… Scénario sans rebondissement au pays du cinéma américain ? Pas tant que ça. En arrivant, trente minutes plus tôt, le maire avait jeté un regard noir à son adversaire battu. Épilogue d’une campagne tendue.
La veille au soir, assise dans son canapé au motif fleuri, Béatrice évoque son dernier post Facebook, vengeur. « J’ai demandé à une copine avocate de relire, elle m’a fait enlever trois phrases… Après les résultats, il n’y aura plus de censure ! » Au cœur de la « bulle deauvillaise », l’enjeu résidait surtout dans le score de la liste opposée. Plus il est élevé, plus les élus d’opposition sont nombreux. Et ceux-là, l’artiste amateur ne peut pas les voir en peinture. Restée en marge de la carrière politique de son mari, Philippe Augier, 76 ans, elle s’est impliquée cette année, comme d’autres compagnes ou compagnons de maires, qui, entre tensions croissantes dans la société et réseaux sociaux omniprésents, finissent à portée d’engueulades.
Comme un matin, à la sortie de la messe, quand un candidat lui dit que le Deauville de son époux est « en perdition ». Béatrice en reste coite. « Dire ça dans une ville de 3 600 habitants où il y a 1 000 entreprises. Ça ne changera pas ma vie s’il n’est plus maire demain, ce serait triste par rapport à ce qu’il a fait. Mais c’est ce que ça raconterait de la société qui serait plus grave. Des gens malhonnêtes en politique il y en a eu, mais on le savait moins. Là, on le sait, et on ne fait rien. »
Un œil sur son courrier, l’autre sur une chaîne d’info, Philippe Augier philosophe. « Tous les soirs, Béa me disait : “T’aurais dû dire ça !” Mais ma ligne était de ne pas répondre aux attaques. »
« Béatrice, ça n’a jamais été son truc, la vie de “femme de” »
Le 15 mars, après le vote, elle prend la direction de l’église. « C’est un moment pour se retrouver soi-même, confesse-t-elle. Je suis croyante sans me sentir obligée d’y aller chaque semaine. Et je suis loin du cliché : je suis pour l’aide à mourir et j’étais favorable au mariage pour tous. » La septuagénaire n’oublie pas ses années 1970 et 1980, passées de Mykonos à Saint-Tropez. « Ça n’a jamais été son truc la vie de “femme de” avec les Deauvillais, elle n’a pas envie de se charger la tête avec tout ça », sourit le maire.
Dimanche midi. Le couple se retrouve dans la cuisine au sous-sol de leur belle maison tout en escaliers et en recoins. Ici, Emmanuel Macron a déjeuné fin 2016. Augier, ancien jeune giscardien, avait vu du VGE en lui mais, déçu, s’est rapproché d’Édouard Philippe. Sa femme, supportrice fidèle, peut quitter un dîner si l’on critique trop le président. Dans la pièce d’à côté, une photo les représente avec Barack Obama, venu pour un G8 à Deauville, en 2011. « Elle avait imprimé le mail que l’équipe Obama envoyait aux soutiens de la campagne présidentielle de 2008 et, à l’apéro, est allée lui parler, raconte Augier, autour du poulet froid mayonnaise. Elle connaissait mieux sa campagne que lui… »
15 heures pétantes. Crispée, Béatrice Augier se venge gentiment sur son entraîneur de tennis. « Mais Pierre, applique-toi ! » lance-t-elle après avoir raté une volée. Même son portable, qui joue à chaque appel « Et moi je suis tombé en esclavage », de Pierre Bachelet, semble vouloir que la journée s’achève.
18 h 55. L’ancienne communicante passée par Cartier ou Saint Laurent monte à pas de loup vers le bureau de son mari, où les livres et les photos sont partout. Une avec Deneuve et Michael Douglas, l’autre avec Giscard…
Les résultats tombent. Ici, 78 % contre 22 %. Là, 71 % face à 29 %. « Ils vont avoir trois élus », lâche Augier sans lever le nez. « Réélu au 1er tour pour un cinquième mandat, même avec 70 %, c’est exceptionnel », reprend sa femme, qui semble soudain avoir « des lumières au fond des yeux ». Encore du Bachelet.
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