Deauville : Édouard Balladur faisait de la station balnéaire son refuge et son bureau

Édouard Balladur décédé lundi 31 à Paris, à l’âge de 97 ans n’était pas seulement un homme de pouvoir. Il était aussi un habitué de Deauville (Calvados). Lorsque la France découvre véritablement son visage à partir de 1993, lorsqu’il devient Premier ministre de François Mitterrand, la station balnéaire n’est déjà plus pour lui une destination de vacances occasionnelle. Il y possède une maison depuis quinze ans. Le 30 septembre 1978, Édouard Balladur et son épouse Marie-Josèphe avaient acquis une maison à Deauville pour 720 000 francs. Le bien figurera encore dans la déclaration de patrimoine rendue publique par le Premier ministre-candidat en mars 1995. Deauville est donc entrée dans la vie des Balladur bien avant que celui-ci n’entre dans l’histoire politique nationale.

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Le Premier ministre chez lui à Deauville

Lorsque François Mitterrand nomme Édouard Balladur à Matignon, le 29 mars 1993, la presse décrit un homme discret, méthodique, austère, attaché à sa famille et à ses habitudes. Parmi elles, les vacances à Deauville. Quelques jours avant son arrivée à Matignon, les photographes l’ont d’ailleurs immortalisé avec son épouse Marie-Josèphe sur la plage de Deauville, en mars. L’image est presque prémonitoire : quelques jours plus tard, cet homme que les Français connaissent encore mal devient le chef du gouvernement. 

Deauville va alors continuer à accompagner son quotidien de Premier ministre. En avril 1994, lorsqu’il se rend à Orvilliers pour une cérémonie en hommage à Georges Pompidou, un détail rapporté par Le Monde résume cette proximité : son hélicoptère arrive de Deauville. La station balnéaire est alors devenue bien plus qu’un lieu de villégiature. Elle est l’un des endroits où Balladur se retire, travaille et retrouve sa famille.

La maison normande devient aussi un décor de l’homme privé. À Deauville, Balladur est chez lui. Et parfois, c’est même depuis la station qu’il exerce une part de ses responsabilités nationales. Le 22 novembre 1994, Édouard Balladur prononce à Deauville, en tant que Premier ministre, une déclaration consacrée à l’équilibre entre le petit commerce et les grandes surfaces et à la restructuration du commerce, notamment en zone rurale. Autrement dit, Deauville n’est pas seulement le lieu où le Premier ministre vient se reposer : elle devient aussi, ponctuellement, un lieu où il parle au nom du gouvernement français.

Quelques mois plus tard, Deauville va même participer à la construction de l’image du candidat Balladur. En 1995, alors qu’il est candidat à l’élection présidentielle, son équipe cherche à montrer un homme plus intime derrière le Premier ministre. Dans une émission de télévision consacrée à sa campagne, parmi les témoins appelés à parler de lui figure notamment le patron d’un bistrot de Deauville où le Premier ministre avait ses habitudes.

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Une autre propriété entre ensuite dans l’histoire familiale : en 1996, le couple acquiert une maison à Tourgéville. Cette seconde propriété fera plus tard l’objet de questions judiciaires dans le cadre du volet financier de l’affaire Karachi. Les époux Balladur avaient dû expliquer son financement aux juges.

Pendant près de vingt ans, Deauville aura ainsi été l’un des décors les plus constants de la vie d’Édouard Balladur : un refuge familial, un lieu de travail, une adresse patrimoniale et, parfois, une étonnante antichambre du pouvoir.

Deauville est aussi associé à un épisode beaucoup plus douloureux 

Le 19 mai 2002, son troisième fils, Romain Balladur, alors âgé d’une trentaine d’années, se trouve dans un bar de Deauville lorsqu’un verre contenant par erreur un détergent toxique lui est servi. Il en boit une partie avant que l’erreur ne soit constatée.

Grièvement intoxiqué, il est d’abord hospitalisé à Deauville avant d’être transféré à Paris, où il doit subir une intervention chirurgicale.

Deux ans plus tard, l’affaire revient devant la justice. En avril 2004, le parquet requiert 18 mois de prison avec sursis contre le gérant du bar et 12 mois avec sursis contre le serveur. Le procès se tient devant le tribunal correctionnel de Lisieux. 

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