Bilal Hassani fait son cinéma à Deauville : « Petit, j’avais un poster de Pamela Anderson sur le mur de ma chambre »

  • Le chanteur Bilal Hassani fait partie du jury révélation du 51ᵉ Festival du cinéma américain de Deauville.
  • Lors de la cérémonie d’ouverture, il a rendu un hommage vibrant à la star américaine Pamela Anderson.
  • Ses icônes, sa nouvelle carrière d’acteur, son image et les polémiques… Il s’est confié sans filtre à TF1info.

Tôt au tard, le Septième art devait lui tendre les bras. Personnage flamboyant, le chanteur Bilal Hassani fait partie du jury révélation du 51ᵉ Festival du cinéma américain de Deauville. L’ancien représentant de la France à l’Eurovision a fait des débuts d’acteur remarqué l’an dernier dans Les Reines du drame d’Alexis Langlois, un film indépendant qui lui a ouvert les portes d’un nouveau public. Après avoir rendu un hommage touchant à Pamela Anderson lors de la cérémonie d’ouverture, il a raconté à TF1info les stars hollywoodiennes qui l’ont inspiré. La manière dont il a forgé sa personnalité artistique, à la fois populaire et controversée. Mais aussi ses espoirs pour la suite de sa carrière et ses combats.

Lors de la cérémonie d’ouverture, vous avez rendu hommage à Pamela Anderson. En fait, c’est elle qui a inspiré le personnage de Bilal Hassani, non ?

Eh bien oui ! (Rires). Il fallait juste quelques années pour qu’on comprenne tout ! J’exagère un peu, mais elle faisait partie des icônes sur le mur de ma chambre quand j’étais petit. C’est quelqu’un que j’admirais énormément. Le film Barb Wire m’avait beaucoup marqué, autant dans le personnage que dans l’identité visuelle et la manière dont elle incarnait LA femme. Moi, j’ai toujours ressenti Pamela Anderson comme étant une femme pour les femmes. Je l’ai toujours trouvée très sincère aussi. Dans son sourire, il y avait un truc qui était rassurant. J’étais trop content de savoir qu’elle allait faire The Last Showgirl. Trop content de voir que le film était bien. Et super content de voir que maintenant, elle a cette nouvelle carrière de grande comédienne qui commence. Alors pouvoir lui dire tout ça en personne, c’était super chouette !

Avec les réseaux sociaux, la personne qui incarne est aussi la personne qui écrit le rôle

Bilal Hassani

Pamela Anderson a longtemps été enfermée dans un personnage qu’elle a subi. En gros, celui de la bimbo californienne peroxydée, dont elle se libère seulement aujourd’hui. Est-ce que vous, à l’inverse, vous avez tout de suite compris l’importance de contrôler votre image ?

Oui et je pense que c’est une histoire d’époque. Je pense que si j’étais arrivé comme elle, dans un grand studio dans les années 1990, et que j’avais présenté l’idée que j’avais, ils en auraient pris le contrôle immédiatement après. Je trouve que quelque chose d’assez fort s’est passé dans les dix, quinze dernières années, avec notamment l’arrivée des réseaux sociaux : la personne qui incarne est aussi la personne qui écrit le rôle. Je pense que ça s’est passé comme ça pour moi. Et que si je peux faire encore ce que je veux, comme je le veux aujourd’hui, c’est parce que l’impulsion vient de moi. Il y a vraiment beaucoup de sincérité dans ma démarche. 

Bilal Hassani, c’est une idée ? C’est un personnage ?

C’est une « persona », ça c’est sûr. Elle part d’un enfant qui rêve d’être la plus grande pop star de la planète et qui va façonner son image en partant de ses icônes. Et qui ensuite à l’adolescence va découvrir son identité queer et s’en nourrir.

Ici, on est au Festival du cinéma américain. Hormis Pamela Anderson, qui sont les actrices et les acteurs hollywoodiens qui vous ont inspiré ?

Un film qui n’a pas beaucoup plu, mais que j’adorais petit, c’était Catwoman avec Halle Berry ! Plus tard, j’ai découvert la version du personnage par Michelle Pfeiffer et je l’ai beaucoup aimée aussi. J’admirais aussi Sharon Stone dans Basic Instinct. Plus tard, les héroïnes de Mulholland Drive. Je suis très fan aussi de Nicole Kidman. Elle n’est pas américaine, australienne, mais je l’adore dans Moulin Rouge et aussi dans Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick. Quand je l’ai découverte dans ce film, il y avait un truc que je trouvais sulfureux, en contrôle, qui me plaisait beaucoup. J’adorais sa paire de lunettes ! Je pense aussi à Angelina Jolie dans Girl, Interrupted. Tout le casting du film, en fait. Winona Ryder, Brittany Murphy… C’étaient souvent ces femmes-là qui m’inspiraient. 

La musique était ma passion première. Je me disais que je serais une pop star… Et qu’une pop star, ça fait des films !

Bilal Hassani

Enfant, le métier d’acteur vous attirait-il autant que celui de chanteur ? Avez-vous passé des castings ? 

Non. J’ai fait du théâtre pendant six ans au conservatoire, de mes 5 ans à mes 11 ans. Et après, je suis entré dans une école pour faire une formation pluridisciplinaire. Je me suis spécialisé dans le chant et la danse, parce que la musique était ma passion première. Je me disais que je serais une pop star… Et qu’une pop star, ça fait des films ! Plus tard, quand j’ai commencé à être connu, on m’a vite proposé des rôles et j’ai lu des scénarios auxquels je ne me connectais pas du tout. J’avais l’impression qu’il était difficile pour un metteur en scène de se projeter dans autre chose que le personnage public que j’incarne déjà. Et puis j’ai lu Les Reines du drame. J’ai rencontré Alexis Langlois, le réalisateur. Il venait d’un cinéma d’auteur qui n’était pas venu me rencontrer au départ. Et j’ai fait le film ! Depuis j’ai passé d’autres castings et j’ai d’autres projets qui arrivent et qui sont très chouettes aussi.

Le cinéma, en général, est-il un peu frileux, un peu craintif vis-à-vis d’une personnalité comme la vôtre ? 

Je n’ai pas trop l’impression, non. Le cinéma très populaire aussi s’intéresse à moi et j’ai lu des choses très rigolotes. Mais c’est juste que ça ne s’est pas fait pour le moment. En fait, c’est plutôt moi qui avais très peur du cinéma. Quand je suis arrivé sur le plateau d’Alexis [Langlois], les trois premiers jours, j’étais tétanisé ! Ce trouble, c’était quelque chose que je n’avais pas vécu depuis le théâtre, enfant. Ça m’a fait paniquer. Moi, je suis un artiste chanteur indépendant qui produit sa musique. Je suis dans ma bulle avec que des gens que je connais très bien. Être sur un plateau de cinéma, c’était une forme de mise à nu.

Ça veut dire abandonner un peu le contrôle à d’autres personnes ? C’est risqué ?

Ça peut l’être… et en fait, c’est hyper excitant ! Je crois même que ça m’a rendu presque addict. À la fin du tournage, j’avais envie d’en faire un autre tout de suite. J’ai eu la chance de pouvoir enchaîner avec un autre projet peu de temps après et de revivre ça (avec Nino dans la nuit de Laurent Micheli qui sortira l’an prochain, ndlr). Donc ça ne me dérange pas de perdre le contrôle dans ces conditions.

Bilal Hassani sur le tapis rouge de l'Eurovision en 2019. - AFP
Bilal Hassani sur le tapis rouge de l’Eurovision en 2019. – AFP

À ce stade de votre carrière, vous êtes content de la place à laquelle vous êtes ?

Je pense, oui. Il y a plein de choses que je n’ai pas vu venir, que je n’ai pas contrôlées, des choses qui se sont passées que je n’avais pas anticipées. Mais là où je suis aujourd’hui, je pense que je suis à une place très confortable dans la nouvelle course dans laquelle je me suis lancé. Je pense que le premier cycle que j’ai eu de mes 18 à mes 25 ans, c’était hyper intéressant. J’ai pu goûter à tellement de choses. Je ne me suis privé de rien. Je pense que l’image de l’artiste que je suis est assez claire, qu’elle a été reçue et comprise. Et maintenant, il va être temps pour moi d’approfondir tout ça, d’aller explorer des terrains que je n’ai pas trop visités et de faire tout en mieux, si je peux le dire. J’ai l’impression que j’ai les bonnes bases pour le faire.

Vous restez un personnage ambivalent, qui inspire beaucoup de gens… et qui en agace beaucoup aussi. C’est parfois compliqué de vivre avec ces deux réactions extrêmes ?

Mais quelque part, c’est mieux que de laisser indifférent, non ? J’ai l’impression que je ne serais pas l’artiste que je suis aujourd’hui si je plaisais à toutes les personnes à qui je m’adresse. En fait, je pense que je m’adresse à assez de gens pour qu’il y ait de la place pour me détester. Et ça, c’est ma joie. Je sais que mon identité existe beaucoup dans des scènes underground. Je les chéris, je les adore, je les visite. Elles sont moi aussi. Mais c’est très différent du public mainstream qui me suit depuis le début de ma carrière. C’est un public qui ne rencontre pas beaucoup de gens comme moi. En tout cas, pas souvent.

Mon essence, elle est solaire. Mais il y a eu plein de moments où j’ai dû jouer la joie un petit peu

Bilal Hassani

Choquer, ça fait partie de vous aussi ?

Je ne pense que ce n’est pas une mauvaise chose de choquer. En tout cas ça ne me dérange pas. Je pense que si demain, je me réveille et que je sors une chanson ou que je joue dans un film qui laisse tout le monde indifférent ou que tout le monde trouve sympa, mais sans plus, c’est là que je commencerai à paniquer un petit peu. 

Dans vos apparitions publiques comme ici à Deauville, vous dégagez toujours beaucoup de joie. Vous avez ce côté solaire, même si c’est un terme un peu galvaudé. Est-ce qu’il y a aussi des moments sombres dans la vie de Bilal Hassani ? Et si oui, comment parvenez-vous à les gérer ?

Je pense qu’en ce moment, je suis très heureux. Je dirais même que je passe une des années les plus agréables de ma vingtaine. Il y a beaucoup de moments d’ombre que je n’ai absolument pas à exposer parce que je ne trouve pas ça pertinent. Parce que mon essence, elle est solaire. Il y a eu plein de moments où j’ai dû jouer la joie un petit peu. Mais je n’allais pas me transformer en l’ombre de moi-même parce que j’étais en train de la vivre. Plus maintenant. Il y a eu des moments où ce n’était pas facile. Où chez moi, ou dans les cercles privés, les gens se disent ‘Oh là là, il ne va pas bien. Il n’est plus sympa, il n’est plus content.’ Parce que c’est spécial quand même d’être exposé de cette manière-là, d’être reçu, perçu aussi comme ça. Ça déshumanise un peu. Mais je ne perds pas la boule. Maintenant, je vais bien.

À Deauville, on vous a vu en femme fatale sur le tapis rouge. Pour cette interview et dans les couloirs de votre hôtel, vous vous promenez sans perruque. Comme sur les réseaux sociaux, où vous jouez sans cesse avec votre identité. Cette liberté, c’est quelque chose qui touche vos fans, non ?

C’est important d’être aussi libre pour eux. C’est très important parce que cette liberté-là est en train de devenir un luxe, un privilège de plus en plus dans le monde. On voit des choses horribles se passer tous les jours. Et c’est vrai que si je peux continuer d’incarner cette personne-là qui peut, qui fera quoi qu’il arrive, alors c’est avec joie. Vous savez, les personnes qui me remercient d’être libre le sont généralement aussi. Et c’est en l’étant tous ensemble qu’on fait avancer l’idée générale que cette liberté-là doit exister.

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Au début de l’année, vous avez obtenu la condamnation de quatre individus pour provocation à la haine et injures publiques. Comment jugez-vous l’ambiance dans la société française en ce moment pour des gens libres comme vous ?

Je peux confirmer que l’époque n’est pas trop de notre côté ! Pas tout de suite en tout cas. On s’inquiète évidemment, on essaye de militer. Depuis toujours, j’essaie d’être soudé avec les personnes de ma communauté, de mes communautés. C’est important pour moi d’être là, de donner de l’amour. J’ai l’impression qu’aimer son prochain, c’est quelque chose d’un peu bête à dire, mais d’important à faire, surtout dans notre époque. Ce n’est pas à la mode, mais en fait, c’est cool.

Jérôme VERMELIN à Deauville

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