« Cette histoire, c’est le pays du soleil levant sur la plage du soleil couchant », souligne avec poésie Philippe Platel, directeur du festival Normandie Impressionniste, à propos de la nouvelle exposition qui s’est ouverte aux Franciscaines, à Deauville (Calvados), ce week-end.
Après nous avoir faits emprunter « les allées d’un autre monde » avec l’artiste franco-chinois Zao Wou-Ki, le lieu de vie culturelle des Franciscaines continue d’explorer les dialogues entre l’impressionnisme, mouvement qui fête ses 150 ans, et d’autres cultures, avec sa nouvelle grande exposition estivale.
Intitulée « Mondes flottants, du Japonisme à l’art contemporain » et coconçue avec le Mori Art Museum de Tokyo, elle offre « un dialogue permanent entre les œuvres du Japon de la fin du 18e et du 19e siècle et les œuvres impressionnistes, montrant cette influence et comme elles dialoguent avec les créations et la recherche des artistes contemporains japonais », résume Annie-Madet-Vache, directrice du musée des Franciscaines et commissaire de l’exposition. En bref, l’histoire d’une « imprégnation réciproque » entre les artistes français et japonais, au temps des impressionnistes et à notre époque, explorant de multiples supports artistiques.
Une histoire de circulation entre deux cultures
« On ne peut pas parler de la naissance de l’impressionnisme, sans parler de ce lien très fort avec le Japon. Ce mouvement n’aurait très certainement pas été le même sans la relation très forte entre ces deux pays, sans ces voyages et l’arrivée de ces œuvres japonaises achetées par les impressionnistes. Cette histoire de circulation entre deux cultures est fondamentale », insiste en préambule Philippe Platel.
Dès 1860, alors que le Japon s’ouvre à l’Occident après des siècles d’isolement, la découverte de l’estampe japonaise et du mouvement artiste Ukiyo-e est une révélation esthétique pour les peintres. Une fascination qui va avoir un impact sur la manière dont les impressionnistes vont intégrer à leur manière des objets dans leurs œuvres, mais aussi une manière de composer.
C’est par exemple le cas avec la découverte du vide qui fait partie intégrante de la structure des œuvres japonaises, mais qui était totalement absente des œuvres classiques européennes.
Une influence qui donne naissance à des œuvres asymétriques et décentrées. « À la découverte des estampes japonaises, les artistes occidentaux vont devoir oublier tout ce que la tradition classique issue de l’Antiquité leur avait inculqué. Ils ont dû oublier et déconstruire toutes ces leçons pour s’approprier ces nouvelles leçons ».
Un pont entre le passé et le présent
Cet échange se lit autour de grands thèmes, comme les paysages maritimes, mais aussi la ville « qui devient l’un des endroits où technologie fait son apparition » dont les impressionnistes vont s’emparer, ou encore la représentation de la femme et les mystères de la nature.

Un parcours qui est donc thématique, et pas chronologique, offrant ainsi un va-et-vient permanence entre les œuvres du 19e siècle et les créations d’aujourd’hui, nous présentant aussi bien des gravures en bois d’Hokusai et Hiroshige, maîtres de l’estampe, que des peintures, dessins ou sculptures d’Eugène Boudin, Pierre-Auguste Renoir ou Auguste Rodin, ou des photographies de Mari Katayama ou Naoya Hatakeyama.
Toute la richesse de cette exposition, c’est de faire dialoguer des cultures, mais aussi des époques, dressant un pont entre le passé et le présent. En effet, des œuvres d’hier, du Japon ou de la France impressionniste, rencontrent celles des artistes japonais contemporains.
Pour mieux comprendre l’impressionnisme, il n’y a rien de mieux que l’art contemporain pour essayer d’aller chercher en profondeur ce qu’est ce mouvement.
Une exposition qui permet une nouvelle fois aux Franciscaines « d’être un lieu où les cultures se rencontrent ». Un échange essentiel, comme le rappelle la dernière œuvre de l’exposition, le projet vidéo Lunar Reflection Transmission Technique, où Taro Shinoda filme les variations de la lune selon les nuances climatiques aux quatre coins du monde. Annie-Madet-Vache souligne : « Ce qu’il nous montre, comme d’autres artistes, c’est aussi que finalement, on partage tous la même lune… et donc la même planète. C’est une belle touche d’optimiste pour conclure l’exposition ».

Une expérience immersive avec une installation de l’artiste contemporaine Yayoi Kusama
Dans le cadre de l’exposition « Mondes flottants, du Japonisme à l’art contemporain », Les Franciscaines accueille une œuvre de l’artiste contemporaine de renommée internationale Yayoi Kusama. Une installation installée dans un espace séparé.
Prêtée par Les Abattoirs de Toulouse, l’installation Dots Obsession fait partie de la série Mirror rooms initiée par l’artiste en 1965. « L’œuvre est un espace à part entière dans lequel les murs et le plafond sont recouverts de miroirs. À l’intérieur, flottent des sculptures aux formes organiques et de couleur rouge vif, faites de ballons gonflés à l’hélium. Le motif du pois se répète à l’infini. Immergé dans l’installation, le spectateur fait l’expérience d’une étrange perte de repère, devenant à la fois un intru et une partie de l’œuvre ».
Cette œuvre permet un dialogue avec l’impressionnisme. « Kusama admire le travail de Van Gogh. […] L’accumulation de pois, caractéristique du travail de Kusama, n’est pas sans évoquer le pointillisme dont Van Gogh a été précurseur. Les deux artistes partagent le goût de ces environnements infinis. Chez Van Gogh, ils sont envahis d’étoiles, chez Kusama, de diodes lumineuses, de ballons ou de motifs psychédéliques ».
Enfin, l’équipe des Franciscaines rappelle que, « entre génie et folie », ces deux artistes ont été internés, à leur demande, en hôpital psychiatrique. « Van Gogh arrive en 1889 à l’asile de Saint-Rémy-de-Provence où il réalisera près de 150 peintures en un an. Kusama vit depuis 1973 dans une clinique psychiatrique. Traumatisée par l’environnement du Japon d’après-guerre et souffrant de troubles obsessionnels compulsifs et d’hallucinations depuis son plus jeune âge, elle ne cesse de donner corps à son jardin intérieur, utilisant l’art comme véhicule ».
Jusqu’au 22 septembre, aux Franciscaines, à Deauville. Tarifs : 13 € (plein), 8 € (abonné) ou 5 € (étudiant et solidaire).
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