« Vous allez voir, il est pire qu’extravagant, il est hallucinant », Luc Watin-Augouard appâte son auditoire. Et il raconte cette île triangulaire, plantée devant la plage des Ammonites, entre Blonville et Bénerville, là où la côte s’élève doucement.
Le plan est sans ambiguïté : une digue artificielle de plus d’un kilomètre, peut-être deux, peut-être trois, protégée en pleine mer, soutenant 15 hectares d’eau protégée. À l’intérieur, 1 500 anneaux, un club-house privé, des hôtels, des boutiques, des studios modulables imaginés pour que le Parisien du vendredi soir pose sa DS Palace au pied de sa cabine et reparte en ciré vers son voilier.
À lire aussi
Le double problème à résoudre
« Pourquoi faire ça ? » interroge Luc. Et il répond aussitôt : « Il fallait régler deux problèmes. » D’abord, la capacité : le bassin Morny et le bassin des yachts, à Deauville, ne pouvaient plus grandir. Ensuite, les marées. Ces marées normandes qui « emmerdent tout le monde » depuis toujours. Impossible de faire disparaître la mer. Alors on l’enferme : on bétonne un bassin en pleine Manche. « C’était pour pallier les marées et agrandir le port », rappelle Luc. Double solution, double folie.

Candilis, planification et Trente Glorieuses
Dans le dossier, Luc retrouve un nom : Georges Candilis. Un architecte de planification, déjà croisé sur la façade méditerranéenne, à Leucate-Barcarès, à Port-Barcarès. « On est dans les Trente Glorieuses », glisse Luc, « cette époque où l’État planifie, construit, démoustique la Méditerranée pour y poser des marinas. » Même logique : remplir le temps libre d’une France qui s’ouvre aux loisirs. Et pourquoi pas poser une marina en pleine Manche ?
Et pourtant. « Vous regardez cette plaquette, aucune date. Ça, ça m’énerve. » Luc l’a cherchée, épluchée : rien. Alors il la situe lui-même : « C’est avant Port Deauville. » Pour lui, ces feuillets flottent entre 1970 et 1973. Puis tout s’efface : le projet ne sort pas du carton, « transmuté » dit Luc, dans le Port Deauville que tout le monde connaît aujourd’hui et qu’il décrit dans un soupir : « Scandale législatif, scandale écologique, scandale esthétique. »
À lire aussi
La plaquette ressortie, le maire interloqué
Et puis un jour, Luc retombe dessus : « En rangeant mes coffrets d’archives, je la retrouve. Je l’avais rangée avec Port Deauville. Ça me paraissait homogène. » Il l’ouvre, découvre ou redécouvre « cette immense marina en pleine mer bétonnée. » Et décide de la montrer. Yves Aublet d’abord, stupéfait. Puis le maire qui souffle : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc-là ? »
Luc le confesse : « Heureusement qu’on y a échappé. » Mais le conférencier n’est pas du genre à oublier. Alors il raconte : la digue, la jetée promenade de Trouville qu’on n’a jamais reconstruite, la rade artificielle de Cherbourg, autre mirage de génie civil. « Vous imaginez ? Une digue en pleine Manche, comme à Cherbourg ! » Luc déroule cartes et photos : « Tout est en pleine mer. Même à marée basse, on reste en pleine mer. »
Aujourd’hui, le projet dort toujours. La Manche, elle, n’a pas changé : ses marées commandent toujours les horaires, ses vagues rappellent qu’ici, rien ne se fixe si facilement. Mais grâce à Luc, le port de Deauville pleine eau flotte encore, quelque part entre la plage des Ammonites et une boîte à archives, confiné dans une plaquette sans date, témoignage parfait de ces années où bétonner la mer semblait presque banal.
Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.
Cette chronique se veut produite du mieux possible. Vous pouvez utiliser les coordonnées inscrites sur le site web dans l’objectif d’indiquer des précisions sur ce post qui parle du thème « ». Le site deauville-info.com vous soumet de lire ce post autour du thème « ». deauville-info.com est une plateforme numérique qui archive différentes actualités publiées sur le net dont le domaine principal est « ». Consultez notre site deauville-info.com et nos réseaux sociaux dans l’optique d’être au courant des nouvelles publications.