Deauville : une version de la statue de l’Enfant Jésus de Prague découverte par hasard

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Sans aller jusqu’à évoquer le terme de miracle, la découverte de la statue de l’Enfant Jésus de Prague dans l’église Saint-Augustin de Deauville (Calvados) est un événement local fondamental.

Au-delà de son intérêt religieux, la statue a permis à Yves Aublet de retracer un épisode historique tombé dans les oubliettes.

La curiosité n’est pas un vilain défaut 

L’aventure de la découverte qui pourrait même s’apparenter à une trouvaille – dans l’acception seconde du terme – commence en août dernier lorsque Yves Aublet est sollicité pour assurer une conférence patrimoniale sur l’église Saint Augustin.

L’historien entame alors un travail de recherche. « À cette occasion, j’ai eu besoin de savoir comment étaient les combles des bas-côtés ainsi que ceux de la nef centrale et découvrir sa forêt. »  

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Une expédition menée avec Sylvie Ancelot et sœur Antoinette sera ainsi à l’origine de cette incroyable histoire.

La découverte de l’Enfant Jésus de Prague sous la toiture de l’église Saint Augustin de Deauville est entièrement fortuite et accidentelle

Yves Aublet, historien deauvillais.

La statue qui dormait depuis des années dans les combles de Saint-Augustin n’est pas une réplique complète de celle de Prague qui ne mesure que 48 cm.

« C’est une autre version, plus grande, assure Yves Aublet, mais elle possède les mêmes attributs, dans la main gauche le globe surmonté d’une croix, la même gestuelle, un signe de bénédiction de la main droite, la même tiare et la même robe… » 

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Depuis quand ? Et pourquoi ?

Comme tout historien sérieux, Yves Aublet entreprend alors un travail consistant à relier la présence de la statue de l’Enfant Jésus de Prague à des événements Deauvillais.

C’est une version qui a été faite à Paris, probablement à la demande de l’ambassade de Tchécoslovaquie

Yves Aublet

« Nous avons imaginé que la statue avait pu être donnée en cadeau à la Ville de Deauville, en remerciement de sa décision d’honorer son pays, par le ministre Stéphan Osusky », explique Yves Aublet.

« Offrir un cadeau est dans les usages diplomatiques, mais ce n’est généralement pas un objet religieux, sauf avec la papauté ! » observe-t-il.

En enquêtant, l’historien découvre une délibération du conseil municipal de Deauville, le 19 février 1938. Il y est question de donner le nom de Thomas Masaryk à une rue de la commune.

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« La Tchécoslovaquie est née en 1918 de la partition de l’Empire austro-hongrois, allié de l’Allemagne ayant perdu la Première Guerre mondiale, rappelle Yves Aublet.

Le premier président du nouvel état est Thomas Masaryk, ancien opposant à l’Empire, bien avant le conflit mondial, et plus tard à Hitler dans sa volonté d’étendre son influence dans les pays voisins abritant des minorités germaniques. » 

La mort de Thomas Masaryk, le 14 septembre 1937, à 87 ans, provoque en Europe et dans le monde, une vague d’émotions. Son nom est donné à de nombreuses artères ou édifices.

À Deauville, un comité se constitue à l’initiative de Marcel Delavergne, conseiller municipal, et de son fils James, membre de la société française Les Amis de la Tchécoslovaquie, d’obédience socialiste. Il est envisagé d’ériger « deux stèles honorant la République tchécoslovaque et T. G. Masaryk, son président libérateur » comme le stipule un document découvert par Yves Aublet.

L’inauguration est prévue le 14 septembre 1939. Le conflit mondial qui éclate le 3, en décidera autrement.

La statue de l'enfant Jésus de Prague a été descendue dans l'église Saint-Augustin de Deauville (Calvados).
La statue de l’enfant Jésus de Prague a été descendue dans l’église Saint-Augustin de Deauville (Calvados). ©Sophie QUESNEL

L’enquête avance à grands pas 

La rue Masaryk n’a donc jamais vu le jour et les stèles prévues à ses deux extrémités, n’ont pas été posées. Elles sont encore remisées au fond d’un hangar municipal de la ville. En revanche, il n’existe :

aucune trace dans les archives municipales ou privées, de l’existence d’une statue de l’Enfant Jésus de Prague, possible cadeau d’un représentant tchèque à la ville, lié à ces événements

Yves Aublet

L’historien  avec l’équipe paroissiale, a pris son bâton de pèlerin pour quérir des informations dans deux directions : l’ambassade de la République tchèque à Paris, et celle de France à Prague. 

La démarche à Paris a été initialisée par Sylvie Ancelot, vice-consule d’Espagne au Havre, ce qui a grandement facilité l’entrée à l’ambassade tchèque.

La grande surprise est intervenue le 13 novembre 2023, avec une lettre de l’Ambassadeur de la République tchèque en France : « Elle confirme totalement notre hypothèse, se réjouit Yves Aublet.

La statue de l’Enfant Jésus de Prague a bien été offerte à la Ville de Deauville en 1939 par le ministre plénipotentiaire en poste à Paris, Stephan Osusky en remerciement du geste de la ville d’avoir donné le nom de Masaryk à l’une de ses rues. »

La statue étant mondialement connue, les usages de l’offrir dans les relations diplomatiques de la Tchécoslovaquie d’autrefois, étaient courants.

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Une célébration le 23 décembre

Le père Jean-Parfait Cakpo, curé de la paroisse Saint-Thomas de la Touques, souhaite profiter de cette découverte pour organiser une journée de la paix. « Dans l’histoire de l’Enfant Jésus de Prague, il y a toujours eu des signes. Le premier, c’est l’époque troublée.

L’Enfant Jésus de Prague a été donné par la princesse Polyxène de Lobkowitz dans une période terriblement troublée dans toute l’Europe. Notre époque n’est pas la moins chaotique. Il n’y a pas, à mon humble avis, un seul continent qui ne soit pas labouré par des conflits, des désaccords fratricides ou des idéologies déstabilisatrices. »

« Il faut être attentif aux signes », rappelle le père Cakpo qui traduit la découverte de la statue de l’Enfant Jésus comme une invitation à prendre de la hauteur. Deuxième signe vu par le père, « il faut se centrer sur Jésus qui est, à lui seul, la gloire ».

Mais le message le plus important tient dans le choix de la date du 23 décembre, expliqué par l’ecclésiastique deauvillais :

Noël c’est l’appel à la paix. Pour moi, l’Enfant Jésus de Prague a surgi dans notre paroisse comme un signe des temps troubles pour nous appeler à la paix.  

Père Cakpo

Le curé de Saint-Augustin invite à contempler un enfant qui dans cette période troublée est : « un signe d’amour dans un tsunami de haine ». 

La journée du 23 décembre 2023, sera, à deux jours de Noël, un prétexte pour célébrer la paix autour de la présentation des trésors cachés de Saint-Augustin.

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