« La littérature, ça n’est pas seulement de rencontrer des auteurs célèbres qui viennent signer leur ouvrage. C’est un rapport quotidien à la langue, je suis persuadé que tout le monde devrait écrire ». Déambulant dans le Cloître des Franciscaines, à Deauville (Calvados), dans une allée peuplée de livres, Zadig Hamroune, un long imperméable noir, s’acclimate à son nouveau terrain de jeu.
Un autre lieu où, notamment par le biais d’ateliers d’écriture qu’il anime, l’écrivain qui vit à Caen orchestre un véritable terrain de rencontre et pétrit le terreau d’un projet de société. Celui de créer du lien, du partage, par la langue. « La rencontre de l’autre permet de lutter contre la peur », assure-t-il, avec bienveillance.
Une rencontre et une envie commune
Entre les Franciscaines et Zadig Hamroune, l’histoire est née d’une rencontre. « J’étais venu assister à un spectacle de danse contemporaine et j’ai rencontré Cyril Le Boulaire (directeur culturel des Franciscaines, ndlr) au Réfectoire. Je ne savais pas qui il était et il ne savait pas qui j’étais », raconte celui qui venait alors d’obtenir le Prix littéraire de la Ville de Caen pour son roman La nuit barbare.
Une discussion s’est entamée et le lien s’est créé. « Je lui ai raconté qu’outre mes activités littéraires, je souhaitais me consacrer à la création pluridisciplinaire, en lien avec des danseurs, des musiciens, des photographes… Je lui ai aussi parlé de mon souci de transmission avec comme fer de lance les publics empêchés ». Une envie de s’adresser à tous les publics qui anime aussi profondément le directeur culturel qui souhaite toucher « ceux qui ne rentrent pas aux Franciscaines » pour des raisons physiques, mais aussi psychologiques, sociologiques, économiques et sociales.
Ces « affinités artistiques et humaines » ont donné naissance à ce partenariat entre les Franciscaines et Zadig Hamroune, sous la forme d’artiste associé. « Je suis là à la fois pour un projet de création, mais aussi de médiation ». Sur le volet de la création, d’autres partenariats se nouent, notamment avec Époque, le salon du livre caennais. « En clôture de la dernière édition, on a présenté un avant-goût du spectacle Le don des larmes qui mêle l’écriture et la danse ».
L’aventure va se poursuivre à Deauville, où Jérémy-Loup Quer, danseur de l’Opéra de Paris, va rejoindre le projet dans le cadre d’une résidence d’artiste qui aura lieu en septembre, pour créer ce spectacle mêlant les écritures littéraires et chorégraphiques. Une interdisciplinarité chère aux yeux de Zadig Hamroune, que le public deauvillais avait pu saisir lors d’une journée de plateau partagé avec Marie-Agnès Gillot, danseuse étoile et également artiste associée aux Franciscaines.
« Partager le plaisir d’écrire »
L’autre grand chapitre de son travail avec les Franciscaines est consacré à la médiation. « Depuis le début de ma carrière, je suis toujours intervenu en milieu scolaire, notamment dans des lycées technologiques. J’ai aussi travaillé avec des détenus », raconte Zadig Hamroune qui reconnaît :
C’est vraiment là où je trouve le plus de satisfaction, en dehors de l’écriture. Les salons, l’autopromo… d’accord, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. Ce qui m’intéresse, c’est de partager le plaisir d’écrire, d’offrir à des gens des outils essentiels d’écriture.
Animé par l’envie de partager avec le plus grand nombre, il a mené ces derniers mois plusieurs ateliers d’écritures autour de Deauville, auprès « de publics différents ». Des adolescents des établissements Maurois et Marie-Joseph, mais aussi de jeunes allophones issus de l’Aide sociale à l’enfance qui gravitent aux Caillouets, centre éducatif et professionnel niché à Benerville.
J’essaye de leur montrer que la langue est un organisme ludique, qu’on peut jouer avec, s’affranchir des conventions, des usages fonctionnels et conventionnels de la langue, pour développer sa créativité.
Une mission qui passe par un travail sur plusieurs genres et registres, par exemple le slam poétique. « Ce qui compte, c’est le plaisir, de s’émanciper des diktats pour trouver un autre rapport à la langue qui n’est pas figée, mais sensorielle. La langue, ça se mâche, ça se déguste, ça s’hurle, ça se susurre. C’est un organisme vivant ».

Lors des ateliers qu’il anime auprès du grand public, si Zadig Hamroune a imaginé plusieurs thématiques comme celle du rapport entre son monde intérieur et le monde extérieur, tout se construit au fil des attentes, des pratiques, des histoires et des échanges. « Il faut sortir de l’idée de l’écriture comme une démarche totalement personnelle, je suis pour l’écriture collective », insiste-t-il.
D’ailleurs, lui-même puise dans ces ateliers, ces temps de rencontres où se croisent les conceptions du monde, pour enrichir sa propre écriture. « Tout ce travail en atelier a pour but d’avoir une production, une restitution. On réfléchit à la forme que ça prendra », ajoute-t-il.
« Favoriser les échanges »
« Je suis animé par l’idée qu’en développant la créativité de chacun, on contribue à un projet de société », considère l’écrivain qui s’explique : « On n’est pas des décisionnaires, mais on peut aider à créer une alchimie différente chez les individus, qu’ils soient acteurs de leur projet ». Son projet de société, c’est aussi celui d’une société peuplée de gens qui se parlent, qui s’enrichissent avec leur culture d’origine, leur milieu social, leur histoire, leur vie. « Le mot entre est essentiel. Entre les générations, entre les cultures. L’idée ça n’est pas d’isoler les publics, mais au contraire favoriser les rencontres, les échanges », insiste l’auteur qui évoque l’envie des Caillouets de mettre en place des parrainages. « Aux ateliers d’écriture ouverts à tous, on va avoir des jeunes des Caillouets. Ces ateliers sont un terrain de rencontre ».
Des espaces de lien, mais aussi « de respiration et de liberté », comme l’exprime Cyril Le Boulaire. « Un collégien m’a dit que ça n’était pas que des ateliers d’écriture, mais aussi des ateliers de vie », raconte Zadig Hamroune, touché.

Ensemble, ils vont continuer à écrire de nouvelles lignes à cette histoire de liens et de rencontres, auprès de ces publics, et sûrement d’autres. « J’ai envie de fidéliser les publics, et de travailler avec des personnes en situation de handicap, avec les CCAS, les Ehpad, les hôpitaux… De continuer à aller à la rencontre de ceux qui n’osent pas encore franchir la porte des Franciscaines, sourit l’écrivain. Un équipement culturel ça n’est pas de la muséologie, c’est un organisme qui vit, qui évolue, qui s’adapte à tous ».
Une mission que partage le directeur culturel : « Avec Zadig, on veut tisser quelque chose, de raconter une autre histoire de Deauville, d’impliquer des publics avec lesquels on ne travaille pas habituellement ». Et ainsi de lutter « contre le principe d’exclusion », de créer du lien, toujours plus de lien, dans un monde qui en manque parfois.
Les ateliers ouverts au grand public auront lieu les samedis 14 juin, 19 juillet et 2 août, à 11 h, aux Franciscaines, à Deauville. Tarifs : 16 € (plein), 10 € (abonné) ou 6 € (jeune et solidaire).
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