
Dès ce week-end, le nouveau Deauville Sport Images Festival met à l’honneur la photographie de sport. Écrivain, commissaire d’exposition, et membre du comité éditorial, Thierry Grillet animera une conférence en images ce dimanche après-midi, aux Franciscaines, à Deauville (Calvados), pour raconter l’histoire de la photographie sportive, saisir ses spécificités et ses évolutions, avant de dialoguer avec des photographes. Rencontre.
Qu’est-ce que vraiment la photographie de sport ?
Si on reste enfermé dans la photo de la performance sportive, alors beaucoup de photos présentées dans les expositions à Deauville pourraient ne pas être considérées comme des photos de sport. Il faut faire la distinction. Il y a la photo qui resitue la performance sportive, ça, c’est vraiment les premières années du XXe siècle avec la chronophotographie ou la stroboscopie et d’autres qui sont des outils pour le sport.
Progressivement, au fur et à mesure que le spectacle et les événements sportifs se développent, on voit apparaître une photographie de sport qui n’est plus strictement enfermée dans la performance sportive, mais qui est la mémoire de l’événement sportif, c’est-à-dire le Tour de France, la Coupe du monde, les Jeux olympiques… Là, la focale est plus large. Ça n’est plus seulement la performance, mais aussi le public, le spectacle, les portraits… C’est à ce moment-là que la photographie de sport absorbe tous les genres de la photographie : le portrait, le paysage, la scène…
Le sujet de la photo de sport touche donc à plusieurs domaines…
Lors de la conférence, je vais proposer une réflexion autour de plusieurs points pour comprendre ce que c’est la photographie sportive. Je vais m’intéresser au point de vue car la bonne photographie de sport dépend beaucoup de l’emplacement des photographes, mais aussi à la technologie. Depuis, l’invention de l’instantanée en 1880 avec la gélatine sèche et une vitesse d’obturateur augmentée jusqu’à aujourd’hui avec la connectique qui permet d’envoyer des flux d’images immédiatement, la technologie a été une constante du mouvement et de la vitesse.
Enfin, je vais proposer une réflexion sur l’art car la photographie sportive est partagée entre sa valeur d’information, pour donner la mémoire d’un événement ou d’une performance, et sa dimension artistique et esthétique.
Est-ce que cette tension entre information et esthétique a toujours existé ?
C’est très visible dès le début de la photographie sportive. Au début du XXe siècle, les avant-gardes se sont beaucoup intéressées au sport car il permettait de faire l’éloge de la vitesse et de l’accélération au moment où la société découvrait la vitesse à travers l’automobile ou l’avion. Les avant-gardes se sont beaucoup intéressées à reproduire et restituer la vitesse comme Marcel Duchamp et son Nu descendant un escalier en 1912 et dans les photographes on a des gens comme Rodtchenko, les constructivistes russes, les futuristes ou Jacques Henri Lartigue qui s’est beaucoup intéressé à la photographie de sports mécaniques, en particulier l’automobile, notamment avec Le bolide en 1912. Cette sensibilité à l’accélération et la vitesse, c’était une chose qui était partagée par les photographes, les sculpteurs, les peintres…
La photo de sport raconte donc une grande part de l’histoire de la photographie, de son évolution ?
Elle est un élément moteur de l’histoire de la photographie. Aujourd’hui, elle pose des questions extrêmement intéressantes sur la place du photographe. Dans le triangle, à la base, on retrouve le photographe, celui qui est photographié et la photographie. Mais les choses ont beaucoup bougé aujourd’hui. Par exemple, lors des derniers Jeux olympiques, il y avait beaucoup de dispositifs pour photographier à distance. Les objectifs étaient installés sous l’eau, au-dessus des parquets. Et dans la salle de presse, sur un écran, le photographe pouvait jouer de son joystick pour prendre une photo. À ce moment-là, on peut se poser la question de savoir au fond est-ce que l’ancien triangle existe toujours, de savoir qui prend la photo, qui est l’artiste… Ce sont des questions qui interrogent la photographie. Avec l’intelligence artificielle, la question se pose aussi.
Un ouvrage : « Objectif sport »
Pour « immortaliser » l’événement, un ouvrage à la croisée du livre et du catalogue est sorti ce jeudi 19 juin. Il s’appelle Objectif sport et a été rédigé par Thierry Grillet, en collaboration avec Agnès Vergez, directrice artistique du festival. « Sur la base de ce qu’on va montrer pendant le festival, il raconte des histoires, des interviews… », précise Philippe Augier, maire de Deauville. « Grâce à de la lecture d’image, ce livre va permettre de comprendre la richesse sémantique et artistique de chaque image », ajoute Thierry Grillet.
Conférence dimanche 22 juin, à 16 h, à la Chapelle, aux Franciscaines, à Deauville. Tarif : 5 € ou gratuit pour les abonnés.
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