Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre une légende. La dernière fois remonte à 2013, quand elle avait foulé le tapis rouge du Festival de Cannes pour présenter la version restaurée de Sueurs froides (1958), le chef-d’œuvre du maître du suspense Alfred Hitchcock, dans lequel elle donnait le vertige à James Stewart avec son désormais célèbre chignon blond en forme de spirale. À présent âgée de 92 ans, Kim Novak a décidé de faire le voyage à la Mostra de Venise, qui lui a décerné un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière, puis au Festival du Cinéma Américain de Deauville, où la star, qui incarne le glamour hollywoodien, a reçu le Prix d’Honneur. Dynamique et loquace, elle a accepté de se livrer à la presse avec bienveillance et gratitude, sous l’œil attendri de son agent qui travaille avec elle depuis cinquante-deux ans ! Entretien avec une icône élégante et émouvante, qui n’a rien perdu de son franc-parler.
Le JDD. Que pensez-vous de tous ces honneurs ?
Kim Novak. Je trouve cela un peu étrange et je me demande : pourquoi maintenant ? J’ai dû faire quelque chose de bien. Peut-être que je le mérite ? (Rires) En tout cas, j’accueille à bras ouverts ce si magnifique cadeau que m’offre la vie.
Est-il vrai qu’il y aurait un projet de biopic vous concernant à Hollywood (Scandalous !, de Colman Domingo, avec Sydney Sweeney, NDLR) ?
Oui, j’en ai entendu parler. Je suis plutôt mitigée. J’ai été approchée pour que je cède les droits de me représenter à l’écran. Mais j’ignorais qu’on vendait ce genre de choses ! (Rires) En outre, je suis encore vivante. Dans l’absolu, cela ne me pose pas de souci qu’on fasse un film sur moi, j’ai juste un peu peur qu’ils s’y prennent mal. Surtout quand il s’agit d’aborder mon histoire avec Sammy Davis Jr, qui a été contraint de prouver durant toute sa carrière qu’il était aussi capable qu’un blanc, pour être traité comme son égal. Il souffrait d’un handicap [il était borgne, NDLR], mais moi aussi : ma beauté.
« J’aimerais incarner une personne bipolaire, avec ses hauts et ses bas »
Je bataillais sans cesse pour qu’on écoute ce que j’avais à dire, et pas uniquement pour qu’on me regarde. On se sentait proches l’un de l’autre car on voulait tous les deux être reconnus pour qui on était vraiment, car on avait de la valeur. Cela comptait pour nous. Je pensais qu’être au côté d’un homme noir montrerait l’exemple, que les préjugés des gens s’envoleraient, que j’aurais une influence positive. Mais je n’étais pas assez forte et les conséquences ont été terribles puisqu’il a reçu des menaces de mort. J’ai éprouvé de la culpabilité puisque je souhaitais l’aider et j’ai obtenu l’effet inverse. On a dû arrêter de se fréquenter, puis on l’a forcé à épouser une femme noire pour calmer les esprits.
Vous êtes la première actrice à avoir fondé sa société de production. Vous vous êtes battue pour vos droits à une époque où régnait le sexisme et où on vous a imposé de changer votre prénom, Marilyn, car il y avait déjà Marilyn Monroe sur le marché…
J’ai mes convictions chevillées au corps. Je demeure honnête avec moi-même. Bien sûr que j’ai lutté de toutes mes forces. Je savais que je devais mon succès à mon physique. Mais je ne voulais pas en rester là. Je n’ai jamais rien lâché.
Vous n’êtes pas frustrée qu’on résume votre carrière à Sueurs froides (1958) ?
Vous savez, on se souvient de vous pour une seule chose en général. J’ai toujours senti que le film avait du potentiel. Aujourd’hui, Alfred Hitchcock est sans aucun doute le William Shakespeare de l’industrie du cinéma. C’est amusant car dans le genre du thriller on réagit plus qu’on ne joue. Je me suis concentrée sur l’authenticité, la spontanéité. En tant que bipolaire, j’ai appris que la vérité n’était pas unique, mais multiple. Je suis un mystère pour moi-même puisque tout ne peut pas être expliqué. Reste qu’Alfred Hitchcock était l’homme le plus merveilleux avec lequel j’ai travaillé. Je l’adorais. Et je ne me formalisais pas quand il me disait comment me tenir ou bouger. Au début, je me demandais ce qu’il voulait car il ne formulait pas vraiment ses directives. Il m’a donné la plus grande liberté d’esprit comparé à tous les autres réalisateurs avec lesquels j’avais collaboré.
Vous rêveriez de tourner de nouveau, après avoir participé au documentaire Kim Novak’s Vertigo (2025), d’Alexandre O. Philippe ?
Mais qui voudrait d’une vieille dame de 92 ans ? Par ailleurs, retenir mes répliques serait difficile pour moi désormais. Je me rappelle qu’à l’époque je lisais un excellent scénario une fois et je le mémorisais. C’est facile quand c’est bien écrit ! J’envie la liberté dont disposent les acteurs de nos jours. On ne leur dit plus rien s’ils débarquent sur le plateau décoiffé. (Rires) J’aimerais incarner une personne bipolaire, avec ses hauts et ses bas. Car on tutoie les sommets, puis on touche le fond et on tente de rester en vie.
Vous vous occupez toujours de vos animaux ?
Ils me manquent. J’ai trois chevaux, que je continue à monter, et trois chiens, qui me donnent tant de joie. Je suis comblée par l’amour qu’ils me transmettent. J’ai de la chance.
Quel conseil prodigueriez-vous à une jeune comédienne qui débute ?
Celui de ma mère : « N’oublie pas que tu es le capitaine de ton propre bateau, ne t’aventure pas dans des eaux dangereuses sauf si tu es capable de les traverser. » Tout en gardant un sens moral, en sachant distinguer le bien du mal. J’ai toujours voulu mettre en scène, être de l’autre côté de la caméra. Il est un peu tard pour me lancer maintenant, mais j’avoue que quand je regarde un long métrage, je me dis parfois que j’aurais placé la caméra plutôt ici ou là. Je ne peux pas résister, c’est dans ma nature.
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