Ce week-end, avec Deauville sur pointes, Deauville (Calvados) perpétue un héritage et poursuit une valse qui se joue depuis plus d’un siècle entre la cité du duc de Morny et des danseurs du monde entier. Une histoire étroitement liée à celle du casino qui, pendant des décennies, a rythmé la vie culturelle de la station, avant que la Ville puis les Franciscaines entrent dans la danse. « Deauville a un bilan chorégraphique incroyable », s’enthousiasme Philippe Normand, conseiller culturel des Franciscaines, qui conte cette histoire.
Les Ballets russes en 1912, le premier coup d’éclat
« Jusqu’aux années 1960, les casinos étaient culturellement très ambitieux. En France, ce sont eux qui assuraient une grande partie des tournées des compagnies de danse », raconte Philippe Normand. C’est donc en 1912 que débutent les grandes années de la danse à Deauville, au moment de l’inauguration du nouveau casino. « Eugène Cornuché, directeur du nouveau casino, avait un talent d’entrepreneur et une vision du tourisme, mais il avait aussi une expérience de directeur artistique dans la chanson ».
En 1912, il souhaite une saison prestigieuse pour lancer le casino, confiant ainsi la programmation lyrique et chorégraphique à Gabriel Astruc, le futur directeur du Théâtre des Champs-Élysées et agent artistique proche de Serge de Diaghilev, fondateur des Ballets russes. « Gabriel Astruc repère que les Ballets russes étaient à Londres, il les fait venir à Deauville pour donner cinq représentations, dès la première saison ». C’est la première fois que cette compagnie se produit en France, hors de Paris. « C’était un premier coup d’éclat, le succès est tel que les places se vendent au marché noir. C’est l’âge d’or de Vaslav Nijinski, l’apogée de sa période heureuse », raconte Philippe Normand.
Une succession de grands danseurs
Après la Première Guerre mondiale, et la venue d’Isadora Duncan (lire encadré), le casino renoue avec une programmation chorégraphique et accueille notamment la danseuse étoile des Ballets russes Anna Pavlova en 1927, la compagnie de Loïe Fuller en 1928 et 1930, puis en 1932 Alicia Alanova et Clotilde et Alexandre Sakharoff, le plus célèbre couple de danseurs de l’époque.
Le séjour d’Isadora Duncan à Deauville en 1914
Si Isadora Duncan n’a pas dansé à Deauville, elle y a passé quatre mois, entre août et octobre 1914. « Sa propriété de Meudon avait été réquisitionnée pendant la guerre, elle décide donc d’aller vers l’ouest, et elle échoue à Deauville ». D’abord à l’Hôtel du Normandy, « refuge de nombreux Parisiens distingués ». En pleine dépression, après avoir perdu son enfant, elle cherche une maison à Deauville et emménage dans la villa Black and White, rue Victor Hugo. « Elle n’a pas dansé, mais elle a soutenu les soldats blessés qui se trouvaient dans le grand hall du casino transformé en hôpital militaire ».
Après la Seconde Guerre mondiale, et deux années de remise en état du casino et de son théâtre, la programmation renaît en 1947 avec le Ballet des Champs Elysées de Roland Petit, puis les Ballets du Marquis de Cuévas, « une compagnie qui est statutairement l’héritière des Ballets russes, avec les plus grands danseurs de l’après-guerre ». Philippe Normand raconte : « François-André avait signé une convention de partenariat avec cette compagnie qui viendra se produire chaque été à Deauville pour une dizaine de représentations estivales, de 1949 à 1961 avec des pièces du répertoire, des créations… ». Une « histoire incroyable » avec un nouveau coup d’éclat, en 1961, avec la venue de Rudolf Noureev. « Cet été-là, le Kirov, qui est le Théâtre Mariinsky, est en tournée en France. Les autorités soviétiques trouvent que Noureev n’en fait qu’à sa tête et qu’il doit rentrer. À l’aéroport, il décide de demander l’asile politique ». Il intègre alors les Ballets du Marquis de Cuévas et vient danser à Deauville pour une soirée de gala, avec « la vedette » des Ballets, Rosella Hihghtower.
De nouveaux pas de danse
La fin des Ballets de Cuévas marquera également la fin d’un certain modèle économique, celui des compagnies de danse privées. « À partir de 1964, l’État met en place une politique de décentralisation chorégraphique. Petit à petit, l’État a accompagné la danse, les casinos ont commencé à se désengager ». Une tendance qui se confirme avec l’arrivée des machines à sous dans les casinos à la fin des années 1980, et la programmation des revues et des spectacles d’humour au casino. « Après 1961, Deauville va accueillir épisodiquement de la danse avec des ballets de flamenco, des concours de danse… ».
Comme pour la chanson, c’est la programmation de la saison culturelle de la Ville qui prend la compétence culturelle à partir de 1996, puis celle des Franciscaines dès 2021, qui ont pris le relais. Ainsi, la Ville va programmer au CID et au théâtre, puis aux Franciscaines, des grands ballets de répertoire et des créations contemporaines de chorégraphes. On verra passer Antonio Gadès, Jean-Claude Gallotta, Angelin Preljocaj, Mathilde Monnier, Karine Saporta, Alban Richard ou encore plus récemment Ambra Senatore ou Olivier Dubois… À partir de 2011, le casino renoue avec sa tradition de ballets néo-classiques avec le Gala d’étoiles produit par Alexandra Cardinale. Et chaque année, François Mauduit organise son concours international de danse Nijinski, comme un lien avec une riche histoire qui lie Deauville et la danse. Comme en 2018 et 2019, avec la venue, à l’initiative de Véronika Bogatyreva, des plus grands danseurs classiques du monde du Bolchoï et du Mariinsky.
Avec Deauville sur pointes, un nouveau chapitre s’ouvre, mêlant un concours, un gala ou encore une classe danse sur les Planches, et offrant un nouveau pas de danse à la station balnéaire.
Programmation de « Deauville sur pointes » à retrouver dans notre article à lire dans les pages loisirs.
Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.
Cette chronique se veut produite du mieux possible. Vous pouvez utiliser les coordonnées inscrites sur le site web dans l’objectif d’indiquer des précisions sur ce post qui parle du thème « ». Le site deauville-info.com vous soumet de lire ce post autour du thème « ». deauville-info.com est une plateforme numérique qui archive différentes actualités publiées sur le net dont le domaine principal est « ». Consultez notre site deauville-info.com et nos réseaux sociaux dans l’optique d’être au courant des nouvelles publications.