L’enquête du média d’investigation Disclose sur l’utilisation de la reconnaissance faciale au sein des autorités françaises continue de faire des vagues. Le tribunal administratif de Caen a ainsi ordonné ce mercredi à la communauté de communes Cœur Côte Fleurie (Calvados) d’effacer les données personnelles acquises via le logiciel de vidéosurveillance israélien Briefcam, selon une décision dont l’AFP a pris connaissance. Cette collectivité inclut notamment Deauville, Trouville-sur-mer ou encore Villers-sur-mer.
« Nous sommes très satisfaits car les investigations menées par Disclose ont permis de mettre en lumière des pratiques qui sont dissimulées et parfaitement illégales », a déclaré l’avocate de la Ligue des Droits de l’Homme et du syndicat de la magistrature Marion Ogier. Il s’agit selon elle « d’un succès pour faire cesser ces atteintes au droit au respect de la vie privée de chacun ».
Un logiciel pour identifier les personnes et les suivre
Ce jugement enjoint « la communauté de communes Cœur Côte Fleurie de procéder dans un délai de cinq jours […] à l’effacement des données à caractère personnel contenues dans le fichier et dans toutes les copies, totales ou partielles, à l’exception d’un seul exemplaire placé sous séquestre à la Commission nationale informatique et libertés (CNIL) ».
D’après le guide d’utilisateur du logiciel Briefcam, ce dernier permet en dehors de la reconnaissance faciale « présentée comme optionnelle, d’identifier des personnes physiques en partant de leurs caractéristiques propres et personnelles telles que leur taille, couleur de peau, couleur de cheveux, âge, sexe, couleur des vêtements et apparence, mais aussi leur manière de se mouvoir, et de les suivre de manière automatisée ».
« On ne sait pas ce qu’il y a dans cet algorithme »
« Il s’agit d’un logiciel qui capte des données issues de la vidéosurveillance et qui les traite sur la base d’un algorithme. Le problème c’est que l’on ne sait pas ce qu’il y a dans cet algorithme, a expliqué Maître Ogier. On a un algorithme qui raisonne sur des probabilités avec une erreur potentielle et la police va éventuellement prendre la décision d’interpeller des personnes sur la base de cette surveillance non réglementée. » Le fait d’être « complètement à l’aveugle » sur un dispositif d’intelligence artificielle pour interpeller une personne pose selon elle « un gros problème en termes de droit au respect de la vie privée ».
Lundi, Gérald Darmanin avait annoncé avoir demandé une enquête administrative sur l’utilisation par les services du ministère de l’Intérieur de la reconnaissance faciale via un logiciel de vidéosurveillance. Le ministre de l’Intérieur réagissait à la publication de Disclose selon laquelle la police utiliserait un logiciel de vidéosurveillance édité par BriefCam, dont l’une des fonctionnalités permet la reconnaissance faciale.
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