Avec « Bleu profond », les Franciscaines de Deauville invite à un plongeon dans les profondeurs sous-marines

Deux têtes dépassent de l’eau. Yeux grands ouverts, ils ont le bas du visage immergé dans l’eau bleutée, suspendus un instant entre deux mondes… Installée dans la première salle de l’exposition « Bleu profond, l’océan révélé », la sculpture The Floating Sowers (2021–2024) de Jean-Marie Appriou ouvre l’exploration orchestrée par le commissaire Jean de Loisy aux Franciscaines de Deauville, et donne le ton.

Car entrer dans ce parcours d’œuvres et d’archives scientifiques, c’est accepter de quitter un instant le plancher des vaches pour rejoindre les profondeurs sous-marines, nager dans ses eaux et côtoyer les créatures étranges de ses abysses. Face aux vagues filmées par l’artiste corse Ange Leccia, on retient un instant notre souffle, hypnotisé par leur va-et-vient magnétique… Puis on plonge, déjà envoûté par les photographies de Nicolas Floc’h, portraits mouvementés de l’écosystème sous-marin de l’île de Molène.

Une même fascination des scientifiques et des artistes pour le monde sous-marin

Rêveur, ce prélude laisse vite la place à l’exploration attentive, puisque le deuxième chapitre est consacré à l’observation détaillée de la faune marine. Dessiné dès le XVIIIe siècle par les scientifiques, tels que le naturaliste français Charles-Alexandre Lesueur ou l’emblématique biologiste allemand Ernst Haeckel, le monde sous-marin s’étudie de face, à plat, étrangement sage sur la feuille blanche.

Captivés, les savants ne peuvent s’empêcher de deviner dans la nature des « formes artistiques », comme l’indique le titre du recueil de Haeckel, et répertorient ainsi des silhouettes d’algues ou d’animaux qui deviendront bientôt les motifs de l’Art nouveau. D’ailleurs, rapidement, les artistes se passionnent eux aussi pour le vivant, qu’ils observent parfois au sein d’aquariums – un dispositif inventé en 1832 par Jeanne Villepreux-Power.

« L’illusion est complète, écrit Théophile Gautier en 1861 face à celui du Jardin d’acclimatation. Le sentiment de proportion se perd. On croit voir les vallées et les montagnes d’un pays inconnu ou plutôt d’une planète nouvelle. Les pierres deviennent des pics énormes, la moindre anfractuosité de galet, une grotte profonde ; quant aux poissons, pénétrés de lumière, ils sont d’une translucidité féerique. »

Rêves des profondeurs

Eugen Von Ransonnet-Villez, Modèle de cloche à plongeur

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Eugen Von Ransonnet-Villez, Modèle de cloche à plongeur, Avant 1814

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© Musée des Arts et Métiers – Cnam, Paris / photo Franck Botté

Même les artistes contemporains se prennent au jeu : à travers les vitres de sa sculpture-aquarium Vers le neuvième cercle (2025), Marie-Luce Nadal donne aux visiteurs l’occasion d’observer un peu des nuages du Quintana Roo au Mexique, et connecte ainsi la mer au ciel. Assoiffés d’évasion, certains ne se contentent toutefois pas de la vie enfermée des aquariums. Originaire de Vienne, Eugen von Ransonnet-Villez va jusqu’à faire construire une cloche de plongée en 1864 pour pouvoir observer, puis peindre, les saisissants paysages sous-marins du Sri Lanka.

Un lourd scaphandre en métal du XIXe siècle donne aussi un aperçu des avancées techniques que les artistes comme Zarh Pritchard ou Yiannis Maniatakos pouvaient revêtir pour rejoindre le rêve des profondeurs. Une expérience qui engendre une incroyable révolution visuelle, décrite par le naturaliste et explorateur américain William Beebe en 1934 : « 855 mètres : un poisson aux yeux télescopiques argyropelecus. L’eau remplie de lumières. 885 m. Lumière courbe vert pâle poisson. 90 cm. Lignes successives lumière latérale. 920m. Longue forme à dentelles genre de salpe avec grosse tête et de longs serpentins. »

Espace indomptable

Damien Hirst, Mickey

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Damien Hirst, Mickey, 2016

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© Damien Hirst et Science Ltd. Tous droits réservés, DACS/Artimage 2025 © Damien Hirst et Science Ltd. All rights reserved, Adagp, Paris, 2025 Photographed by Prudence Cuming Associates

Mais l’océan n’est pas toujours tendre avec ses explorateurs. Le parcours se termine ainsi sur un chapitre intitulé « Drames et naufrages », notamment illustré par les encres réalisées par Victor Hugo pour l’illustration de ses Travailleurs de la mer (1866). Un siècle et demi plus tard, c’est au tour de Damien Hirst de s’intéresser aux ruines sous-marines, donnant forme à un Mickey (2016) couvert d’algues et de coquillages, comme découvert lors de fouilles sous-marines post-pop art. Le dernier mot revient à Miriam Cahn, peintre qui attire avec émotion l’attention sur le drame de la disparition massive et anonyme des migrants en mer. En sortant des Franciscaines, c’est d’un œil tout autre que l’on regardera la plage immense de Deauville, et l’horizon bleuté qui la borde, immense mystère chargé de songes et de dérives…

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Bleu Profond, L’océan révélé

Du 28 juin 2025 au 21 septembre 2025

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