« J’apprends tout avec Monsieur Zadig ». Stylo en main, large sourire, Abolfazl assiste comme chaque jeudi à un atelier d’écriture orchestré par Zadig Hamroune, écrivain et artiste associé aux Franciscaines, à Deauville (Calvados). Arrivé « il y a cinq-six mois », ce jeune iranien de 18 ans apprend le Français au sein des Caillouets, un centre éducatif et de formation professionnelle installé à Benerville qui accueille des jeunes issus de l’Aide sociale à l’enfance.
Cet atelier est une occasion de plus de pratiquer la langue, et surtout de jouer avec. « Ici, on travaille sur les mots, leur musicalité, il y a un côté ludique », explique l’écrivain aux participants du jour : Boubaker, Abolfaz et Willane, trois jeunes des Caillouets, Caroline et Valentin, leurs deux accompagnants, Léo et Adèle, un couple de voyageurs et photographes normands, Clémence, une jeune illustratrice sourde et sa maman, Ericka, adepte de ses ateliers d’écriture, et deux journalistes de la presse locale. « Le but c’est que les gens d’horizons différents se rencontrent dans ces ateliers, je crois que ça fonctionne aujourd’hui », se réjouit le chef d’orchestre.
Une écriture collective
« On va partir d’un lieu, Djerba, annonce Zadig Hamroune. Quels mots riment avec la deuxième syllabe de cette ville ? ». Sur un tableau, les mots s’enchaînent. Combat, cabas, Ali Baba, baba, Rabat. « Où est-ce que j’achète des cigarettes », questionne Zadig. « Au tabac », répondent en chœur les trois jeunes des Caillouets.

Des mots dans notre besace, place à l’écriture, en binôme. J’ai la chance d’écrire avec Boubaker, jeune garçon originaire de Tunisie, dont le rêve est de devenir coiffeur « pour que les gens se sentent beaux ». Même si mon métier est d’écrire, l’exercice n’est pas simple. « Il faut faire des phrases de huit syllabes », indique Zadig, marquant le rythme avec sa main. Le but est de jouer avec les mots, les sonorités, le rythme. « Ali Baba va à Djerba, dans son cabas y a du tabac ». Dix minutes d’échanges, de rire, à compter sur nos doigts pour une phrase qui fait notre fierté. On n’est pas sur de la grande littérature, mais sur la simplicité, la musicalité… « Le slam permet de se familiariser avec les sons de la langue, de leur montrer qu’il y a du rythme, c’est une façon plus ludique d’apprendre la langue », confirme Zadig Hamroune qui tente d’impulser du rythme aux phrases écrites. « Je me promenais à Djerba, quand j’ai revu Ali Baba », écrivent Willane et Maud, nos voisins. « C’est le début d’une histoire, c’est super », sourit Zadig Hamroune.

À chaque atelier, les thèmes varient pour raconter des récits mis en vers. Des villes, des objets du quotidien. « On évite les mots sur les voyages, les traumatismes, souligne Zadig, en référence au passé douloureux de certains jeunes des Caillouets, issus de l’Aide sociale à l’enfance. On travaille sur le mètre, le vers, la rime en partant de choses qu’ils aiment ou qui leur parlent ».
Un terrain de rencontre
Après plusieurs temps d’écriture en binôme, et de restitution à haute voix et en rythme, la séance se termine avec un cadavre exquis, un jeu d’écriture collective où chacun écrire à tour de rôle une partie d’une phrase, sans savoir ce que le précédent a écrit, avec une contrainte de rime. À notre grande surprise, le rendu est poétique. Une preuve de plus que collectivement, quand se croisent les conceptions du monde et les idées, l’écriture est belle, surprenante, vivante… « C’est ce que je veux montrer avec ces ateliers, l’idée ça n’est pas d’isoler les publics, mais au contraire de favoriser les échanges. Ces ateliers sont un terrain de rencontre », explique l’écrivain.
Une mission que partagent les équipes des Caillouets qui ont envie de créer des liens entre les jeunes et l’extérieur, avec notamment un projet de parrainage.
C’est très intéressant, ça les sort de leur quotidien scolaire de pouvoir venir ici, de travailler avec d’autres gens que leurs professeurs. Dès qu’on peut les faire sortir des Caillouets, les faire pratiquer la langue en rencontrant d’autres personnes, comme à ces ateliers, on le fait.
Des « ateliers de vie », comme avait résumé un collégien à Zadig Hamroune qui confirme : « C’est vrai qu’ici on apprend aussi le rapport à l’autre, la passion, on s’écoute, on échange ». Et on en sort enrichi.
Une mise en vie des mots pour les 5 ans des Franciscaines
Depuis plusieurs mois, Zadig Hamroune anime des ateliers d’écritures autour de Deauville, auprès des adolescents des établissements Maurois et Marie-Joseph, mais aussi des jeunes des Caillouets, centre éducatif et professionnel et du grand public. « L’année prochaine, dans le cadre des 5 ans des Franciscaines, on proposera une restitution des ateliers en public, mais on a aussi un projet de livre graphique avec Clémence, jeune illustratrice sourde qui prendra en charge la partie graphique. On veut que ce projet soit véritablement inclusif ».
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