Depuis le début de la semaine, la Chapelle des Franciscaines bouillonne de créativité. Une immersion au cœur des mots, des gestes, des notes et des images d’hier et d’aujourd’hui se construit au gré des échanges sur le plateau du lieu de vie culturelle de Deauville (Calvados).
Assis derrière son piano, Frédéric Garcia laisse ses doigts valser sur le clavier, offrant une toile de fond aux gestes des danseurs Jérémy-Loup Quer (premier danseur de l’Opéra de Paris) et Nicolas Maloufi, sous l’œil du comédien et scénographe Vincent Breton et de l’écrivain Zadig Hamroune, véritable chef d’orchestre des répétitions. Toute une équipe qui donne naissance et façonne le spectacle Le don des larmes qui sera présenté ce samedi 29 août 2026, aux Franciscaines.
Ce projet a été initié dès septembre 2024. « C’était une commande pour Époque, le salon du livre de Caen, raconte Zadig Hamroune. Il y avait eu une première représentation pour la clôture du salon, en 2025, sous la forme d’une performance, avec trois personnes sur scène ». Avec l’envie d’étoffer ce projet, et d’imaginer « un format plus long », Zadig Hamroune a été accompagné par les Franciscaines, à Deauville. Un lieu de vie culturelle avec lequel l’écrivain caennais tisse des liens depuis près de deux ans, au gré d’ateliers d’écriture et d’autres projets.
« On avait envie de faire une création plus ambitieuse, de solliciter d’autres artistes », assure-t-il. Après une première résidence de création il y a un an, en septembre 2025, l’équipe d’artistes a de nouveau investi l’écrin de la Chapelle pour travailler cette création.
« C’est baroque et périlleux »
Le nom du projet, Le don des larmes, fait référence à l’extase spirituelle qui inspira le poète normand François de Malherbe dans l’écriture de son célèbre texte Les larmes de Saint-Pierre. « L’écrivain Zadig Hamroune transpose cette extase dans celle qui nous transcende face à l’art. Il s’appuie sur son diptyque autofictionnel, La Nuit Barbare et La Nuit Baroque, pour inventer une incarnation du vertige esthétique », précise l’équipe des Franciscaines.

Pour l’écrivain normand, il s’agit ainsi de « parler de l’émotion qui peut devenir extase face à une œuvre d’art », de réfléchir et montrer « en quoi cette expérience peut se partager, en quoi cette émotion collective peut être fondatrice de société ». Pour cela, l’idée était de « concevoir un spectacle pluridisciplinaire qui fasse vivre aux spectateurs une expérience totale et immersive ». Un spectacle mêlant la musique, la danse, la comédie, la lecture et les arts visuels. Une sorte de « mini-opéra contemporain » qui invite à se plonger dans les mots, les pas et les notes.
Ainsi, côté textes, le spectacle convoque les mots de Zadig Hamroune, mais pas seulement. « Il y a surtout ceux des autres. Les textes de Malherbe, de Rimbaud, Hölderlin, Mallarmé… », décrit-il. En musique aussi, on voyage avec les fragments musicaux écrits par une vingtaine de compositeurs. « C’est aussi très fragmenté avec du Bach, du Chopin, du Scriabine, du Prokofiev ou encore de l’improvisation sur des œuvres., c’est très riche », ajoute Frédéric Garcia qui précise :
Même dans les danses, on a des gestes classiques ou plus contemporains. Il n’y a pas une esthétique claire, c’est pour ça que c’est baroque et périlleux. C’est une forme inédite.
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Tous ces échos et fragments composant ce spectacle offrent comme une « constellation poétique » pour montrer « comment la sensibilité aux œuvres et à la beauté devient première, presque par rapport à l’identité », souligne Vincent Breton, qui ajoute : « C’est cela qui raconte notre solitude, mais qui en même temps nous rassemble, nous permet de communiquer les uns avec les autres ».
Zadig Hamroune complète : « On a tout un répertoire de citations musicales, textuelles, chorégraphiques. Pour s’en affranchir il faut arriver à trouver une voie originale pour voir tous ces répertoires différemment, pour vivre l’expérience sensorielle ».
« C’est un territoire d’improvisation »
Animée par l’envie de faire vivre « une expérience collective » aux spectateurs, toute l’équipe travaille ensemble sur le projet. « C’est un travail très collectif, car la forme est quand même peu classique, c’est assez original ce qu’on essaye de faire donc on est tous un peu en dehors de notre zone de confort, on réfléchit vraiment tous ensemble », raconte Vincent. Il sourit : « J’ai été appelé pour être scénographe, mais je me retrouve à jouer des textes et à assister Zadig pour la mise en scène. C’est vraiment l’esprit ».
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En fin de semaine, toute cette équipe sera rejointe par Fassaly, ancien jeune du Centre d’éducation et de formation Les Caillouets, qui a suivi des ateliers d’écriture avec Zadig (lire encadré). Il répétera à leurs côtés avant la représentation de samedi. « On ne cherche pas à faire quelque chose de figé, qui serait récité. C’est un territoire d’improvisation. Même si les choses sont écrites, on laisse à chaque interprète une part pas négligeable d’improvisation », évoque Zadig Hamroune. Directeur culturel des Franciscaines, Cyril Le Boulaire conclut, un sourire en coin : « C’est une invitation pour le public à lâcher prise, de rester sur le désir ».
Des liens avec les jeunes des Caillouets continuent de se nouer autour des mots et de la danse
En fin de semaine, l’équipe artistique qui crée « Le don des larmes » aux Franciscaines sera rejointe par Fassaly, un ancien jeune du Centre d’éducation et de formation Les Caillouets. Un lieu installé à Benerville-sur-Mer accueillant des jeunes placés par l’Aide sociale à l’enfance.
« Fassaly avait suivi les ateliers d’écriture et nous avait vraiment marqués lors de la restitution devant le public, en mai dernier, au côté de collégiens et lycéens de Maurois, raconte Zadig Hamroune. Il a eu son diplôme et a quitté les Caillouets, mais on avait senti une envie chez lui ». Un « désir » d’être sur scène qui sera concrétisé samedi soir, lors de la présentation du spectacle au public.
La présence de Fassaly raconte des liens profonds autour des mots noués entre Zadig Hamroune, les Franciscaines et les Caillouets depuis deux ans environ. « Ça montre qu’il y a un suivi, insiste l’écrivain normand. Ce n’est pas parce qu’il a quitté le territoire qu’on l’oublie. Tout ça donne une émulsion ».
Pour l’avenir, Zadig Hamroune compte bien continuer ce travail au côté des jeunes des Caillouets, notamment en poursuivant les ateliers d’écriture, mais pas seulement. « J’ai proposé une collaboration à Clément Hervieu-Léger, administrateur de la Comédie Française puisqu’ils font de l’action culturelle auprès des publics empêchés. C’est en train de se mettre en place », explique le Normand.
Par ailleurs, dans le cadre de cette collaboration, il aimerait pouvoir aussi proposer aux jeunes des ateliers de danse et de théâtre. « Pour avoir une vraie éducation artistique », insiste Zadig, imaginant des ponts possibles avec l’équipe qui crée Le don des larmes. « On a investi du temps, il faut que ça se poursuive. Ça n’est pas des actions ponctuelles qui vont faire changer quoi que ce soit. Cette collaboration, c’est du long terme ».
Samedi 29 août, à 19 h 30, aux Franciscaines, à Deauville. Tarifs : 16 € (plein), 10 € (abonné) ou 6 € (jeune et solidaire). Tout public. Durée : 1 h.
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