Talent brut et confirmé depuis ses débuts dans les années 2000, l’acteur de 45 ans vient de vivre une belle année 2026, avec le succès de La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa. À partir du 4 septembre et avant d’incarner un président de la République dans la série de Martin Bourboulon La Décision, celui qui a joué pour Bertrand Tavernier (La Princesse de Montpensier) ou Daniel Auteuil (Marius) sera membre du jury du Festival du cinéma américain de Deauville. Interview avec un cinéphile passionné.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous avez déjà fait partie du jury de nombreux festivals (Cabourg, Caméra d’or, Alpe-d’Huez…). Pourquoi l’exercice vous plaît-il tant ?
RAPHAËL PERSONNAZ — Oui, je pourrais faire un guide ! J’aime bien les festivals, ils permettent d’aiguiser son regard, de rester au contact de ce qui se crée… et de ne pas rester seul avec son avis, de le partager avec le jury, d’avoir une contradiction ou d’être chamboulé dans son ressenti. Parfois, on enchaîne trois, quatre films par jour, c’est comme un marathon de cinéma, il faut tenir, rester concentré, c’est même éprouvant parfois…
Mais cela ouvre d’autres univers. C’est compliqué de trouver un bon équilibre dans un palmarès car il faut arriver à une décision collective qui corresponde à tout le jury. Mais ce qui est intéressant, c’est que parfois quelqu’un se met à défendre bec et ongles un film que personne n’a retenu et sa passion devient contagieuse et convertit les autres…
Que représente le cinéma américain pour vous ?
À 18 ans, j’ai commencé à développer une forme de cinéphilie et, grâce aux vidéoclubs, j’ai découvert le cinéma américain des années 1970. Cela a forgé mon envie de cinéma : j’étais fasciné par les réalisateurs du Nouvel Hollywood comme Schatzberg, Scorsese, Coppola… Ou les acteurs légendaires comme De Niro, Pacino, Eastwood ou plus récemment Christian Bale, Philip Seymour Hoffman…
Le cinéma américain continue d’exercer une fascination parce qu’il est lointain et que c’est une terre étendue : il existe là-bas une grande diversité de formes cinématographiques. Entre un film tourné en Alaska et un au Texas, il y a deux cultures différentes ! Le cinéma indépendant américain a aussi une forme de folie : dans la sélection, de nombreux films font envie.
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Le cinéma est toujours un peu politique, sinon, cela donne des œuvres éthérées…
Vous attendez-vous à un cinéma plus politique, au vu des débats qui agitent les USA depuis l’élection de Donald Trump ?
Forcément, c’est une Amérique « particulière » en ce moment… Comme partout ailleurs. Cela va être intéressant de voir comment les cinéastes s’en emparent. De toute façon, le cinéma est toujours un peu politique, sinon, cela donne des œuvres éthérées… Pour autant, si un film a une intention politique intéressante mais qu’il n’est pas bon, je ne vois pas l’intérêt de le récompenser : ce qui prime, c’est le film en lui-même, les personnages, les émotions et son message. Aujourd’hui, il faut du sens mais moins de polarisation… Il manque à ce monde un peu de nuance, de finesse, qui ne sont pas de la tiédeur ! Même en politique, la nuance est plus profonde qu’on ne le croit.
Paillettes et politique
En ce 250e anniversaire de l’indépendance états-unienne, le 52e Festival du cinéma américain de Deauville prendra plus que jamais le pouls de la société américaine. Le jury, présidé par Roschdy Zem et composé entre autres de Simon Abkarian, Cécile de France et Laura Smet départagera treize films (western, comédie, animation…), reflets de ce que le cinéma indépendant américain a à dire de son pays sous la seconde ère « trumpienne ». La directrice Aude Hesbert annonce une sélection « puissante », illustrant les « forces obscures et telluriques de la nature » ou les « méfaits de notre contemporanéité individualiste et déshumanisée »…
Des stars franchiront également l’Atlantique : les acteurs Ethan Hawke et Brendan Fraser ainsi que les légendaires Susan Sarandon et Faye Dunaway, qui recevront chacune un Deauville Icon Award. Au programme également : 18 premières, dont Bunker de Florian Zeller, et une sélection spéciale, Once Upon a Time (in) America : 250 ans de cinéma en 15 films. C’est avec classe que se clôturera le festival puisque Catherine Deneuve aura carte blanche pour dévoiler « son » cinéma américain.
*Du 4 au 13 septembre. ℹ️ festival-deauville.com
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