« Mon cinéma français » : au festival de Deauville, Kristen Stewart partage ses coups de cœur

« Kristen Stewart a tellement aimé son passage à Deauville en 2019, qu’elle a insisté pour accompagner son premier film en tant que réalisatrice », annonçait Aude Hesbert, directrice du festival, il y a quelques semaines. Et l’actrice américaine, désormais réalisatrice, n’a pas manqué de marquer son passage cette année encore, en offrant des temps d’échange précieux avec le public.

Au lendemain de la projection de son premier film The Chronology of Water, sélectionné en compétition, qui avait déjà permis aux spectateurs de la séance d’échanger avec elle, Kristen Stewart s’est à nouveau frottée aux festivaliers lors d’une carte blanche où elle a pu raconter « son » cinéma français.

« Quand je vois ces films, c’est comme si je me regardais dans un miroir »

Des liens avec le cinéma français qui ont pris corps, par le passé, avec deux apparitions dans les films d’Olivier Assayas, dans Sils Maria où elle est devenue la première Américaine à recevoir un César dans la catégorie Meilleure actrice dans un second rôle, puis dans Personal Shopper. « Quand j’ai rencontré Olivier Assayas pour la première fois, je ne connaissais pas vraiment la culture cinématographique française, c’était assez loin de moi, reconnaît-elle. Le seul film dont je me souvenais c’était Les Amants du Pont-Neuf que j’avais vu il y a très longtemps. C’est une culture qui a grandi en moi ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, elle résume :

Dans les films français qui me plaisent, il y a une espèce de sensibilité qu’on ne trouve pas dans d’autres cinémas. Ils me touchent. Quand je vois ces films, c’est presque comme si je me regardais moi-même dans un miroir. Ce sont des sentiments qu’on ressent au plus profond.

Kristen Stewart
Kristen Stewart carte blanche Deauville
Une carte blanche avec Kristen Stewart a eu lieu samedi après-midi. ©MM Remoleur
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« Les sentiments sont comme des feux d’artifice »

Si c’est l’un des premiers films français que Kristen Stewart a vu, Les Amants du Pont-Neuf de Leos Carax (1991) a eu le temps « d’infuser » en elle. « J’aime beaucoup les films où les gens courent, sont à bout de souffle », réagit-elle, en référence à la scène projetée où Michèle, interprétée par Juliette Binoche, court, suivie par Alex, joué par Denis Lavant :

Cette femme est libre, court, a envie de voir le monde. Et lui est fermé sur lui-même, et pense que si elle part, elle va lui échapper. À un moment, il essaye de l’attraper et elle s’envole en tourbillonnant. À ce moment-là il se rend compte qu’on ne peut pas contrôler ceux qu’on aime.

Kristen Stewart

Une explosion d’émotions, une passion dans l’excès qu’elle affectionne particulièrement : « Les sentiments sont comme des feux d’artifice, ça explose, au-delà des mots. On a tous ça en soi, ça ne demande qu’à exploser ».

Des mots, des images et des émotions

« J’arrive à lire plus assidûment que je ne regarde des films. En tant que spectatrice, je n’arrive pas à rester concentrée très longtemps », confie-t-elle. Un constat qui se confirme dans la sélection des films français que cette « obsessionnelle des mots » a choisie pour cette carte blanche qui sont, pour beaucoup, des adaptations de romans, à l’image de son propre film.

Samedi 13 septembre, le festival du cinéma américain de Deauville sera marqué par la carte blanche de Kristen Stewart.
Kristen Stewart sur les planches de Deauville. ©Dominique Saint 

Des adaptations comme Une vraie jeune fille de Catherine Breillat (1976) qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui vient passer ses vacances chez ses parents, qui raconte dans son journal ses états d’âme et les troubles qu’engendre sa sexualité.

C’est important de faire voir lorsqu’on est enfant ou adolescent, tout ce par quoi on passe pour se découvrir soi-même. J’ai vu beaucoup de films sur ce passage à l’âge adulte et je crois que c’est avant tout une expérience intime, interne, à l’intérieur de nous-même. C’est ça qui m’intéressait. Même si le film a un côté bonbon, il y a de la nostalgie, mais aussi une grande violence.

Kristen Stewart

Un film qu’elle a découvert peu de temps avant de réaliser le sien. « Parfois, pour une raison qui m’échappe, on voit le bon film, on entend le bon son, on lit le bon livre exactement au moment où on est censé le voir. J’avais déjà des idées en moi et voir ce film les a démultipliées et m’a donné envie de faire ce que j’ai fait ».

Une adaptation en entraînant une autre, Kristen Stewart a longuement raconté son admiration pour La Pianiste de Michael Haneke (2001) adapté du roman éponyme de Elfriede Jelinek. « Pour moi c’est une des meilleures adaptations que j’ai pu voir, insiste-t-elle. J’ai d’abord lu le livre, ensuite j’ai vu le film… ensuite j’ai recommencé à lire le livre. J’ai trouvé ça incroyable et si bien articulé. C’est un livre très bavard, écrit à la première personne, où on lit tout ce qu’elle pense. Dans le film, c’est le contrepied qu’Haneke a pris, le film laisse la performance de la comédienne Isabelle Huppert remplacer ces mots et remplir l’espace laissé vide par l’absence de mots ».

« Il nous fait comprendre la violence de l’oubli »

Kristen Stewart a également partagé son affection pour La Double Vie de Véronique, film franco-polonais de Krzysztof Kieślowski, mentionnant « son regard sur la vie, ce point de vue un peu fractionné de l’identité », reconnaissant : « J’ai du mal à en parler car c’est un film qui se ressent plus qu’autre chose ».

Au gré de ses prises de parole, on comprend que Kristen Stewart aime l’expérience que lui font vivre les films qu’elle regarde « de manière instinctive ». Comme avec Hiroshima mon amour, film franco-japonais d’Alain Resnais sorti en 1959 et adapté de Marguerite Duras. « C’est un film qui est pour moi expérimental dans le meilleur sens du terme, considère-t-elle. C’est comme la meilleure interprétation de ce que le medium cinématographique peut nous permettre de faire passer comme sentiments. C’est un film qui nous fait comprendre le sens, la violence de la culpabilité de l’oubli. L’oubli, c’est quelque chose de très violent, la mémoire doit prendre ce contre-pied. Tout cela résonne tragiquement avec tout ce qui se passe aujourd’hui dans le monde ».

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