
Hier soir, la 52e édition du Festival du cinéma américain a décerné son palmarès, accordant son Grand Prix à Club Kid, de Jordan Firstman, aussi couronné par le Prix du public. Nos coups de cœur, Méli-Mélo, de Leah Nelson, sur la maladie d’Alzheimer, et Test, de Sam McConnell, sur le culturisme, sont repartis respectivement avec le Prix du jury et le Prix Canal+. Le public a particulièrement été gâté cette année, avec la venue de deux figures emblématiques du septième art sur le tapis rouge. Après Kim Novak en 2025, une autre icône hollywoodienne s’est déplacée depuis la Floride, où elle réside, dans la cité normande : Faye Dunaway. À 85 ans, l’actrice, qui compte plusieurs chefs-d’œuvre dans une carrière à la longévité exceptionnelle – Bonnie and Clyde (1967), d’Arthur Penn, L’Affaire Thomas Crown (1968), de Norman Jewison, Network (1976), de Sidney Lumet, qui lui a valu un Oscar –, a brillé par son élégance en smoking blanc la journée et noir en soirée, ses cheveux blonds tombant en cascade sur ses épaules, coiffés d’un chapeau rose pâle soulignant son regard bleu perçant.
Trouble bipolaire
En dépit de ses retards eux aussi légendaires, la star, qui a reçu un hommage très émouvant et inauguré sa cabine de plage conformément à la tradition, est apparue joyeuse, généreuse et d’une franchise revigorante en entretien. Dans le documentaire que lui consacre Laurent Bouzereau (Faye), elle ne craint pas d’aborder tous les sujets tabous, dont sa réputation « difficile » sur les plateaux. « Sur celui de Chinatown (1974), Roman Polanski m’avait surnommée « l’épouvantable Faye », a-t-elle lancé avec malice. Mais je pouvais en dire autant de lui ! Nous ne nous sommes pas entendus du tout. Je le trouvais pénible, mais je reconnais qu’il était brillant. » Elle a poursuivi sur sa lancée en martelant sa fierté d’avoir incarné dans les années 1960 et 1970 l’image de la femme libre et indépendante.
En écho à sa mère, qui l’a encouragée à viser l’excellence dans tout ce qu’elle entreprenait. « Vous allez me faire pleurer. Nous, les filles du Sud, sommes fortes et donnons le meilleur de nous-mêmes. » Quitte à s’attirer la jalousie de ses aînées. « Vous parlez de Bette Davis ? Je ne crois pas qu’elle était très aimable. (Rires.) Je ne me suis jamais offusquée de ses mots désobligeants. Je continue d’admirer ce qu’elle a accompli. » Faye Dunaway a ouvert son cœur en avouant que son fils (adopté) et son petit-fils étaient les deux personnes les plus importantes de sa vie, et a insisté sur son désir de communiquer sur son trouble bipolaire. « Je ne suis pas la seule à en souffrir dans le monde, il me semble important de le mettre en lumière pour que les gens comprennent mieux de quoi il retourne. J’ai longtemps été critiquée pour mes sautes d’humeur extrêmes sur les tournages, on me traitait de garce ! Je sais à présent d’où venait cette hypersensibilité, ces hauts et ces bas, un territoire que j’ai fini par explorer et utiliser à mon avantage grâce aux médicaments. »
Sur les tournages, on me traitait de garce !
Faye Dunaway
Catherine Deneuve lui a succédé aux Franciscaines, le musée emblématique de Deauville, le temps d’une conversation d’une quarantaine de minutes hier après-midi, autour de sa vision du cinéma américain. À 82 ans, la comédienne française à la filmographie mythique (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort, Belle de jour, Indochine), toujours aussi charismatique et drôle, s’est pliée de bonne grâce à l’exercice stimulant de la carte blanche, en choisissant quatre longs métrages qui l’ont marquée à jamais. Elle a cité La Splendeur des Amberson (1942), d’Orson Welles. « Je l’ai rencontré très jeune à Londres, je suis allée dans son appartement un matin et j’ai été estomaquée parce qu’il mangeait un poulet en entier. »
A suivi Pas de printemps pour Marnie (1964), d’Alfred Hitchcock. « J’aurais rêvé d’être à la place de Tippi Hedren, même s’il était possessif et entretenait des rapports un peu pervers à son endroit. Il m’a approchée pour me proposer le scénario d’un récit d’espionnage. Le projet ne s’est jamais concrétisé car il est parti avant… » Elle a déclaré son enthousiasme pour Bunny Lake a disparu (1965), d’Otto Preminger, « qui [lui] a été conseillé par [s]on ami André Téchiné », et Fureur apache (1972), de Robert Aldrich. « J’ai collaboré avec lui sur La Cité des dangers (1975), avec Burt Reynolds. La méthode était originale car il y avait deux caméras côte à côte ! »
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