
Sous une fine pluie persistante, la tension était palpable, jeudi 5 février 2026 devant la mairie de Deauville (Calvados). Des soignants, habitants et quelques élus, en tout une cinquantaine de personnes, rassemblées en amont d’une réunion jugée cruciale pour l’avenir du Centre hospitalier de la Côte fleurie. Certains attendaient les participants pour leur remettre des documents, d’autres exprimaient leur colère face à une situation qui, depuis plusieurs mois, ne cesse de se dégrader.
Derrière cette mobilisation se mêlaient » des personnes qui souffrent pour de bonnes raisons » et » quelques agitateurs « , y compris parmi certains médecins » qui jouent leur carte personnelle « analyse Philippe Augier maire de Deauville. Une scène révélatrice du climat d’inquiétude qui entoure aujourd’hui l’hôpital.
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Une réunion pour sortir de la crise
L’objet de cette réunion était clair : sortir de l’impasse l’établissement implanté à Cricquebœuf depuis 2009 et imposer l’élaboration d’un véritable projet médical. Le maire explique avoir été alerté directement par le corps médical : » Il y a quinze jours, nous avons reçu des messages extrêmement inquiets. Pas des meneurs habituels, mais des médecins qui nous disaient : « sauvez-nous ». » Face à cette alerte, Philippe Augier dit être » sorti du bois » en interpellant directement la direction du CHU, celle de l’Agence régionale de santé (ARS) et la direction de l’hôpital.
« Ça ne peut pas durer, il faut un projet « , martèle le maire de Deauville, joint au téléphone à l’issue de la rencontre. Selon lui, l’absence de perspectives claires a nourri les tensions, aggravées par deux crises majeures :
Ce qui a vraiment mis le feu aux poudres, ce sont les problèmes de rémunérations des médecins et les fermetures des urgences.
Lors des échanges, les élus ont exigé des engagements : » En bons élus, ce qu’on a demandé, c’est du concret « , insiste-t-il, évoquant un projet médical en cours de finalisation, qui doit être présenté officiellement à l’ARS dans les prochains jours. » Il y aura un rendu public du projet médical, et sûrement une conférence de presse. »
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Ouverture de quatre lits de soins palliatifs
« Cet hôpital restera un hôpital public, il ne sera pas fusionné avec le CHU « , rapporte le maire, faisant état d’engagements fermes pris par les responsables de l’ARS et du CHU, alors que des rumeurs de privatisation circulaient. Des annonces ont également été évoquées, notamment l’ouverture prochaine de quatre nouveaux lits de soins palliatifs, ainsi qu’un travail engagé sur plusieurs filières de soins comme la cardiologie, la nutrition et la gériatrie, en lien avec le CHU.
Derrière la crise hospitalière et les débats sur le projet médical, se dessine aussi une lutte d’influence plus discrète autour du conseil de surveillance, véritable centre de gravité de la gouvernance de l’hôpital. Pour l’ancien directeur Jean-Pierre Coll, cette instance n’est pas qu’un organe technique : elle est aussi un lieu de pouvoir.
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Il rappelle d’abord que sa composition obéit à des règles précises. » Il y a trois collèges : les élus, les représentants du personnel médical et non médical, et les personnalités qualifiées, dont des représentants des usagers. » Du côté des élus, siègent en priorité les communes sur lesquelles l’hôpital est implanté. Un cadre qui explique l’absence de Deauville autour de la table.
Mais cette organisation n’a jamais été neutre politiquement. » Quand j’étais directeur, j’avais fait en sorte que Deauville ne puisse pas être au conseil de surveillance « , confie sans détour Jean-Pierre Coll. Selon lui, plusieurs tentatives ont ensuite émergé pour modifier cet équilibre, notamment par des manœuvres autour des périmètres intercommunaux. » Il y a eu des essais pour faire basculer certaines communes d’une communauté de communes à une autre. L’objectif était clair : peser sur la composition du conseil. Aujourd’hui, c’est pratiquement impossible. »
Les personnalités qualifiées ont elles aussi joué un rôle stratégique. » Elles sont choisies pour leur connaissance du territoire, leur expérience. C’est comme cela que Christian Cardon a siégé, notamment parce qu’il a été maire de Trouville et président du conseil de surveillance. » Un choix qui, au fil des années, a permis de maintenir certaines figures influentes dans la gouvernance hospitalière, même en dehors des mandats électifs.
Autre levier de pouvoir : le renouvellement automatique après les élections municipales. » Quand un maire n’est plus élu, il perd son siège au conseil de surveillance. C’est son successeur qui le récupère « , rappelle l’ancien directeur. Une mécanique qui pourrait rebattre les cartes dans les mois à venir, au moment même où la gouvernance de l’hôpital est fortement contestée.
Car lors de la réunion organisée à Deauville, le fonctionnement du conseil de surveillance a été directement mis en cause par plusieurs élus. Accusée d’avoir concentré le dialogue et d’avoir laissé s’installer les tensions sans réelle concertation élargie, l’instance apparaît aujourd’hui fragilisée. Pour certains responsables politiques, elle aurait même contribué à l’impasse actuelle.
Derrière les discours officiels sur la stratégie hospitalière se joue donc une recomposition du pouvoir local autour de cette structure clé. Une recomposition qui pourrait s’accélérer après les municipales, avec une possible refonte de la gouvernance et une volonté affichée d’associer davantage d’élus du territoire aux décisions.
Le conseil de surveillance est l’organe chargé de fixer les grandes orientations stratégiques de l’hôpital et d’en contrôler la gestion. Il se prononce sur le projet d’établissement, les finances, les investissements et les décisions structurantes, tout en donnant son avis sur la qualité des soins, la gouvernance et la gestion du patrimoine. Il dispose aussi d’un pouvoir de contrôle, pouvant demander des documents et effectuer des vérifications. Au Centre hospitalier de la Côte fleurie, cette instance rassemble élus locaux, représentants du personnel hospitalier et personnalités qualifiées.
Une gouvernance contestée
Mais lors de la réunion de Deauville, ce fonctionnement a été ouvertement remis en cause. Philippe Augier a dénoncé : « un dialogue trop longtemps cantonné au seul conseil de surveillance, sans réelle concertation élargie avec les élus du territoire ni avec le corps médical. » Une gouvernance jugée « inadaptée face à la montée des tensions, à l’absence de projet médical clair et aux crises successives qui ont fragilisé l’établissement. » Selon lui, cette instance, dans sa forme actuelle, a même contribué à l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui l’hôpital.
Conséquence annoncée : le conseil de surveillance devrait être remodelé après les prochaines élections municipales, avec une volonté affichée d’associer davantage les élus locaux aux décisions stratégiques et de rétablir un pilotage plus collectif de l’hôpital.
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