
En ce moment, il remplace Bertrand Chameroy sur France Inter. Les réveils à l’aube s’enchaînent, la matinale imprime son rythme. Mais rien ne déborde. « Je suis très fatigué… mais très heureux », dit sans effet Paul de Saint-Sernin. Son spectacle tourne, prend, s’affine. Il parle d’« un truc assez fou », sans chercher à l’exagérer. On sent surtout une période alignée.
Le vendredi 8 mai 2026, il sera sur la scène du théâtre du casino Barrière. Mais Deauville n’est pas une découverte. Il connaît les parasols, la plage, quelques tables pour les huîtres. Le casino davantage que le théâtre, qu’il s’apprête à découvrir. On lui glisse que le public peut être réservé. Il n’en fait pas une inquiétude : « J’ai hâte de jouer. »
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Le terme « sniper » le laisse sceptique
Il y a pourtant des zones que l’humoriste tient à préserver. Interrogé sur sa neuroatypie – évoquée dans l’émission Un dimanche à la campagne – il ferme doucement la porte. Pas par gêne, mais par cohérence. « C’est le nœud du spectacle », confie-t-il. En parler, ce serait défaire la mécanique. Il assume cette retenue, rare dans un paysage où tout se commente.
Chez Paul de Saint-Sernin, certaines choses se gardent pour la scène. À la place, il détaille ce qui, selon lui, fonde son métier. Pas une posture, encore moins une arme. Le terme de « sniper », souvent associé à son passage dans l’émission de Léa Salamé, Quelle époque ! sur France 2, le laisse sceptique. Trop violent, trop réducteur. Il préfère parler d’un exercice d’équilibre : « Une rapidité d’esprit, un sens de la repartie et une grande bienveillance ». Trois exigences tenues ensemble.
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« Un exercice pas facile »
Paul décrit surtout une frontière. Fine, instable, presque invisible. « Il faut la franchir un tout petit peu pour ne pas être tiède, mais pas trop pour ne pas être méchant. » L’exemple qu’il donne est limpide : en deçà, la vanne tombe à plat ; au-delà, elle devient gratuite. Entre les deux, il y a ce point précis où l’insolence reste élégante. Et il faut l’atteindre en une demi-seconde, souvent en improvisation. « C’est un exercice pas facile », dit-il sans emphase, mais avec la fierté tranquille de celui qui sait ce qu’il a fait.
La fameuse vanne à Nicolas Bedos, qui a beaucoup circulé, n’était pas écrite. Il refuse pourtant de la relier à sa neuroatypie. Il préfère y voir le résultat d’un cadre de travail et d’une attention constante à cette ligne. Loin de l’image d’un tireur instinctif, il revendique une discipline.
Aujourd’hui, il parle de Quelle Époque ! au passé. Non par rupture, mais par réalité très concrète : le spectacle a pris toute la place. Les enregistrements du vendredi ne sont plus compatibles avec les scènes du soir. Revenir ? « Je n’en ai aucune idée. » Là encore, pas d’effet d’annonce. Juste un agenda et des choix.
« J’avais envie de créer »
Ce qui frappe chez Paul de Saint-Sernin, c’est la cohérence de son parcours. Journaliste sportif à ses débuts, il voit un jour s’ouvrir une trajectoire solide au sein du groupe Canal+. Il regarde autour de lui, se projette 10 ans plus tard, et refuse : « J’avais envie de créer. » Ne plus commenter les autres mais produire quelque chose qui lui appartienne. « Mon JT, une fois terminé, était jetable. » L’éphémère ne lui suffit pas, alors il bascule. Les bars, les restaurants, les Comedy clubs. Un micro, des essais, des silences aussi. C’est là qu’il comprend. « J’avais envie de dire des choses et d’être marrant. » Deux verbes qui, ensemble, dessinent son cap. Il ne parle pas de vocation, encore moins de destin. Plutôt d’un choix lucide, presque froid, qui va pourtant tout déplacer.
La suite, il la raconte sans triomphalisme. Des salles, des rencontres, des regards qui s’ouvrent :
Je vis des choses que je n’aurais jamais pu vivre.
Et surtout, un lien. Celui qu’il n’avait pas trouvé dans son ancien métier. Sur scène, il ne raconte plus, il partage. La différence est là.
Dans l’enfance, déjà, quelque chose affleure. Pas le clown, pas l’imitation. L’observation, plutôt. Et de temps en temps, « un truc un peu bien senti ». Dans une famille nombreuse, dans les vestiaires de foot, la parole circule vite. Il apprend à intervenir au bon moment. « C’est devenu un muscle. » L’image est juste : répétition, précision, automatisme. Rien de spectaculaire, mais une mécanique solide.
« Le vrai Paul est sur scène. »
Et pourtant, ce n’est pas cette image qu’il cherche à installer aujourd’hui. Sur scène, il s’éloigne délibérément du chroniqueur acéré. Il se raconte autrement. Plus fragile, plus hésitant, parfois maladroit. « Le vrai Paul, est sur scène. » Il insiste. C’est là qu’il accepte de montrer ce qui ne marche pas, ce qui doute, ce qui vacille. Le contre-pied est assumé. La liberté y est totale, dit-il. Pas au sens d’une parole sans filtre, mais d’une responsabilité entière. « Sur scène, c’est moi qui décide de ce que je dis » à la télévision, d’autres paramètres entrent en jeu. Ici, il ne reste que lui et le texte.
Car le spectacle est écrit. Entièrement. Début, milieu, fin, avec des rappels, une structure. Il y tient. Parce que le public, lui aussi, a fait un choix. « Il paie son billet, une baby-sitter, parfois un restaurant… » Il prend le temps de détailler. « Une soirée qui peut coûter cher, et qui est offerte à un inconnu pour qu’il parle de lui et fasse rire. » C’est un cadeau gigantesque.
Avant de monter sur scène, c’est à cela qu’il pense. Pas à la salle, ni à la technique. Aux gens. À ce qu’ils ont déjà donné. « Je suis là pour leur rendre. » La formule pourrait sonner comme un principe. Chez lui, elle ressemble plutôt à un rappel nécessaire, presque quotidien. Une manière de ne pas se tromper d’endroit.
Entre le rire et le respect
Ce respect se retrouve dans sa façon de jouer. Pas d’interaction forcée avec la salle, pas de public pris pour cible. Il ne croit pas à cette facilité. Il préfère un objet construit, travaillé, abouti. « Un produit fini », dit-il, sans détour. Le mot pourrait surprendre, mais il est cohérent avec le reste : donner quelque chose de solide à ceux qui sont venus. Il cite, sans insister, cette conscience partagée par d’autres artistes : rappeler que les spectateurs ont choisi d’être là. Non pour juger, mais pour recevoir et, déjà, pour donner.
À Deauville, Paul de Saint-Sernin ne fera pas exception. Quelques mots pour la ville, quelques lignes écrites en amont. « Une ou deux vannes, dit-il. Une manière de dire au public qu’il n’est pas interchangeable. Qu’il n’est pas une date parmi d’autres. Le geste est simple, mais il installe une relation. « Ils sont en confiance », ajoute-t-il.
Le reste suivra. Sans effet, sans posture. Juste ce travail patient, presque invisible, qui consiste à trouver – chaque soir – la bonne distance. Entre soi et les autres. Entre le rire et le respect. Entre ce qu’on garde et ce qu’on donne. C’est là que Paul de Saint-Sernin se tient. Et c’est sans doute pour cela qu’on le regarde.
Vendredi 8 mai à 21 h, au casino Barrière de Deauville. À partir de 34 €.
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