
Un mois après les insultes antisémites sur Les Planches, le maire de Deauville (Calvados) évoque le sentiment d’insécurité, le manque d’effectifs policiers et l’image de la ville.
Le fait divers récent sur Les Planches a-t-il pu renforcer le sentiment d’insécurité dans la ville ?
Effectivement, Deauville s’est retrouvée sous les caméras nationales après des insultes antisémites entendues sur Les Planches. On a beaucoup parlé des insultes, mais personne n’a dit que dans les cinq minutes qui suivirent, celui qui les a proférées a été arrêté, menotté et mené au commissariat. Il sera d’ailleurs jugé le 8 juillet. Face à une véritable agression parce que cette insulte est une agression, la police est immédiatement intervenue. C’est vrai que cela peut créer un sentiment d’insécurité, surtout dans une ville où il y a peu de faits d’une grande violence. Il y a bien une petite délinquance, plutôt en baisse selon les statistiques, mais des faits de grande violence, il n’y en a pas beaucoup alors dès qu’il y en a un, il est porté à la connaissance de tout le monde.
Cela étant dit, ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas renforcer les éléments de sécurité. Nous avons un commissariat qui n’a pas suffisamment d’effectifs, avec beaucoup de personnels en arrêt pour une raison ou une autre. Il est absolument nécessaire qu’il soit renforcé. Mais il y a aussi la police municipale : notre intention est de développer ses effectifs, non seulement en nombre, mais aussi sur les plages horaires d’intervention. Cet été, notre police municipale restera assez tard pour résoudre d’autres problèmes que l’insécurité stricto sensu ; par exemple, l’agitation que peuvent créer certains bars de nuit, mal tenus, qui provoquent des nuisances pour les riverains. Il ne s’agit pas là d’insécurité, mais d’incivilité, et ça aussi, nous avons à le régler.
Vous pouvez agir sur les effectifs de la police municipale mais pas sur ceux de la nationale est-ce un vrai problème ?
Notre action sur les effectifs de la police nationale n’est pas directe, c’est vrai, mais nous avons un pouvoir d’influence. Quand des faits un peu spectaculaires se déroulent à Deauville, c’est un levier pour sensibiliser à nos manques les grandes instances de la direction départementale de la police, la préfecture, voire le ministère de l’Intérieur. Et croyez-moi, je ne m’en prive pas.
Est-ce que cela porte ses fruits ?
Nous y sommes un peu parvenus : pour les gros week-ends, nous bénéficions d’un renfort avec les militaires de l’opération Sentinelle. L’été, une compagnie de CRS, un peloton de policiers à vélo, des CRS nageurs sauveteurs – de moins en moins- mais encore quelques-uns. Tout cela nous préserve. Mais c’est insuffisant. Il nous faudrait un commissariat bien équipé en permanence, en hommes et en femmes, pour assurer à la fois les interventions sur le terrain et les tâches judiciaires qui doivent les suivre.
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Vous êtes très attaché à l’image de Deauville et à son rayonnement international. Ne craignez-vous pas qu’elle finisse par être écornée ?
Ce que je sais, c’est qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent à Deauville. Des gens de qualité s’installent, viennent en vacances, consomment. Les résidants secondaires me disent : « C’est une bulle de sécurité. » Quand il y a un élément fort, ça chahute un peu, mais très vite on se rend compte qu’à Deauville on est plutôt mieux protégé qu’ailleurs. L’ensemble des communautés le disent ici. La communauté juive est la première à dire qu’elle est en sécurité ici et ce n’est pas parce qu’un cinglé a proféré des injures que ça minimise cette sécurité.
Deauville n’est-elle pas prise en otage par ceux qui veulent instiller un sentiment d’insécurité ?
L’objectif de déstabilisation vise la société française dans son ensemble. Tous ceux qui veulent déstabiliser créent des dangers, montent les Français les uns contre les autres, et se servent de tous les incidents qui peuvent exister, voire les créent eux-mêmes. On a beaucoup parlé de l’ingérence de pays étrangers, mais il y a aussi des partis en France qui ne pensent qu’à déstabiliser, à inquiéter parce que ce sont les partis qui gagnent quand la peur monte.
Sur cet aspect, je n’ai pas beaucoup d’éléments de combat, si ce n’est d’être militant moi-même pour que les Français puissent vivre les uns avec les autres. C’est ce qu’on essaie de faire à Deauville : faire cohabiter toutes les classes sociales, toutes les communautés, à travers des activités communes associatives, culturelles, sportives. Certains prospèrent sur la peur, ici, nous avons fait le choix du vivre-ensemble. Et nous ne nous en sortons pas trop mal.
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