Exposition à Deauville : près de 100 chefs-d’œuvre de Raoul Dufy issus des collections du Centre Pompidou illuminent les Franciscaines

C’est une rétrospective… sans en être vraiment une. L’exposition organisée aux Franciscaines de Deauville traverse toutes les périodes de la prolifique carrière de Raoul Dufy (1877-1953), mais en puisant uniquement dans les collections du Centre Pompidou, fermé pour travaux jusqu’en 2030. En mélangeant tableaux célèbres et œuvres plus secrètes, le parcours élégamment scénographié fait la part belle aux incursions du peintre dans le champ des arts décoratifs, entre illustrations, céramiques et créations textiles.

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Un legs d’exception au Centre Pompidou

Certaines collections sont si riches qu’elles permettent à elles seules d’offrir un panorama représentatif de l’œuvre d’un artiste. « Le musée national d’Art moderne-Centre Pompidou compte plus de 1 500 tableaux, dessins, gravures, vases et tapisseries de Dufy, dont certains sont en dépôt dans différents musées français, à Caen, Bordeaux, Nancy, Dijon, Marseille, Céret…. L’essentiel provient du fonds d’atelier du peintre, légué par sa veuve Émilienne. À ces œuvres, qu’il aimait particulièrement et qu’il a conservées jusqu’à la fin de sa vie, s’ajoute une trentaine d’acquisitions faites par le musée », explique Christian Briend, conservateur général du patrimoine et commissaire de cette exposition produite dans le cadre du programme « Constellations » du Centre Pompidou hors les murs.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Influences multiples, de l’impressionnisme au cubisme

Présentée à Séoul en 2023 puis à Shanghai l’année suivante, cette « Mélodie du bonheur » s’installe tout l’été à Deauville dans une version légèrement revue, qui insiste davantage sur les sujets normands : les plages, les chevaux… Conçu de façon chronologique et structuré en dix chapitres, le parcours met en lumière l’évolution de Dufy. Dans les premières années, le peintre, natif du Havre, se cherche entre résurgences de l’impressionnisme (la touche vive de L’Estacade à Sainte-Adresse, 1902), tentations fauves (Les Affiches à Trouville, 1906), et expérimentations cubistes lorsqu’il peint en compagnie de Georges Braque durant l’été 1908 dans le quartier de l’Estaque, à Marseille, sur les traces de Paul Cezanne.

Raoul Dufy, L’Estacade à Sainte-Adresse, 1902, huile sur toile, 46 x 53,8 cm, legs de Mme Raoul Dufy en 1963, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

Raoul Dufy, L’Estacade à Sainte-Adresse, 1902, huile sur toile, 46 x 53,8 cm, legs de Mme Raoul Dufy en 1963, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

Le style unique de Dufy

Fort de l’assimilation de ces influences, Raoul Dufy s’en éloigne ensuite pour définir un style qui lui est propre. Dans les années 1920 et 1930, sa manière unique de dissocier la couleur du trait – autonome, celui-ci n’est jamais le simple contour d’une forme – devient sa signature. L’exposition réunit un bel ensemble d’œuvres, des grandes Baigneuses (1919) au Paddock à Deauville (1930), en passant par le méconnu Carrosse de la reine Mary (1937) et le monumental portrait de la famille Kessler, qui lui est commandé en 1931. Représentées à cheval dans un sous-bois, les figures sont esquissées dans une symphonie de couleurs fluides et des jeux de lignes éminemment graphiques qui donnent vie à cette scène irréelle.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Raoul Dufy, Le Paddock à Deauville, 1930, huile sur toile, 54 x 130 cm, don de l’ Association des amis des artistes vivants en 1930, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

Raoul Dufy, Le Paddock à Deauville, 1930, huile sur toile, 54 x 130 cm, don de l’ Association des amis des artistes vivants en 1930, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

Céramiques et tapisseries

C’est aussi la période où le peintre se passionne pour les arts décoratifs. « Dufy est un touche-à-tout. Il est l’un des artistes qui pousse le plus loin l’indistinction entre les arts “majeurs“ que sont les beaux-arts et les arts jugés “mineurs“ », poursuit le commissaire. Plusieurs bois gravés que Raoul Dufy réalise en 1919 pour illustrer Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire, paru en 1911, côtoient l’œuvre textile Biche, oiseau et papillons, un superbe tissu peint et imprimé de 1912 qui a été récemment redécouvert dans les réserves du Centre Pompidou et dont les motifs sont inspirés de l’iconographie du Bestiaire. Dufy s’intéresse à la céramique, qu’il expérimente au côté de Josep Llorens Artigas. Il produit autour de 1925 un ensemble de vases et plusieurs Jardins de salon, d’étonnantes architectures miniatures dont un exemple est présenté ici. L’exposition dévoile aussi une délicate Baigneuse à la coquille, dont le corps est tracé d’une simple ligne blanche sur un fond de carreaux de faïence bleus.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Vue de l’exposition « Duffy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines à Deauville © Sandrine Boyer Engel.

Le peintre du bonheur ?

Après quelques paysages de voyages à Vence, Grasse ou Langres, le parcours se referme sur deux sections particulièrement convaincantes. Celle dédiée aux Ateliers de l’artiste à Paris, à Vence et à Perpignan, dominée par le magistral Atelier de l’impasse de Guelma (peint en 1935 et repris en 1953), est un délice. On retrouve le Dufy coloré et lumineux que l’on connaît, mais ces œuvres en apparence légères dégagent une certaine mélancolie. Seuls quelques objets habitent les pièces désertées : une sculpture sur une sellette, un tableau en cours de réalisation sur un chevalet, un violon qui vient rappeler la passion de Dufy pour la musique. « Le titre de l’exposition, “La mélodie du bonheur“, y fait référence. J’ai voulu aussi jouer avec cette image un peu réductrice du Dufy peintre du plaisir et de la joie… », précise Christian Briend. La série des Cargos noirs (1953), qui referme l’exposition, apporte une nuance plus sombre. Au soir de sa vie, l’artiste livre des compositions crépusculaires, qui convoquent une dernière fois le souvenir de la baie de Sainte-Adresse.

Raoul Dufy, Cargo noir et drapeau, après 1948, huile sur panneau d’Isorel, 40,8 x 51 cm, legs de Mme Raoul Dufy en 1963, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

Raoul Dufy, Cargo noir et drapeau, après 1948, huile sur panneau d’Isorel, 40,8 x 51 cm, legs de Mme Raoul Dufy en 1963, collection Centre Pompidou, Paris. © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jean-François Tomasian/Dist. GrandPalaisRmn

« Raoul Dufy. La mélodie du bonheur »
Les Franciscaines, 145b avenue de la République, 14800 Deauville
Jusqu’au 20 septembre

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