Deauville Sport Images Festival : 300 photographies exposées sur les planches et à travers la ville durant tout l’été

Trois cents photographies, et pas un seul billet à acheter. Jusqu’au 6 septembre, Deauville a renoncé aux cimaises feutrées pour accrocher le sport en grand format là où personne ne l’attend : sur les cabines de plage des Planches et jusque dans un hangar portuaire de la presqu’île de la Touques. La deuxième édition du Deauville Sport Images Festival transforme la station en musée à ciel ouvert, quatorze expositions en accès libre, plus de cent photographes venus du monde entier. On y va comme on va à la plage, en flâneur, une serviette sous le bras et sans plan précis. Et c’est exactement ce qu’il faut faire.

Des cabines de plage aux poutrelles du Hangar

Le parcours épouse la géographie de la ville. Sur les Planches, Paris Match a investi les cabines mythiques avec ses « Parcours de championnes », où la dream team du ski français de Grenoble 1968 sourit encore sous ses casques d’époque. Place Chanel, Jeff Pachoud raconte pour l’AFP le Tour de France Femmes dans un noir et blanc où la douleur et l’échappée se confondent. Quai de l’Impératrice Eugénie, l’exposition « 20 photos de sport féminin qui ont marqué l’histoire » arrête net le promeneur devant Surya Bonaly, saisie en plein backflip aux JO de Nagano en 1998 : une figure interdite, exécutée en guise d’adieu, que les juges sanctionnèrent d’une dixième place et que la photographie a rendue immortelle. Le panache tient parfois dans un contre-pied.

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Il faut ensuite traverser vers la presqu’île et pousser jusqu’au Hangar, une friche aux poutrelles rouillées où le festival concentre ses propositions les plus fortes. Un conseil de visiteur : y aller en fin de matinée, quand la lumière marine tombe des verrières et vient ajouter son grain aux tirages. Fin juin, sous un ciel changeant, l’endroit avait des allures de cathédrale industrielle.

Deux ans après Paris, les femmes au premier plan

Le fil rouge de cette édition s’affiche sans détour : le sport au féminin, deux ans après les premiers Jeux olympiques parfaitement paritaires de l’histoire. Avenue Lucien Barrière, Sports Illustrated déroule soixante-dix ans de championnes, de Serena Williams brandissant son poing à l’US Open aux pionnières oubliées des années 50. Quai de la Touques, The Famous Project documente l’aventure d’Alexia Barrier et de son équipage, premières femmes à boucler le Trophée Jules Verne en 57 jours, 22 heures et 20 minutes de mer sans escale. Jusqu’au golf Barrière, où les « Queens of Greens » de Philippe Millereau rappellent que le swing féminin a changé de puissance depuis les années 90.

L’invité d’honneur, lui, regarde le sport de plus loin. David Burnett, 80 ans cette année, a couvert la guerre du Vietnam à 24 ans, décroché la médaille Robert Capa, puis choisi de ne photographier la compétition que tous les quatre ans, aux Jeux olympiques, tous couverts depuis Los Angeles 1984. Ses « Paysages olympiques », exposés au Hangar, fuient le poing levé du vainqueur pour capter l’atmosphère autour : une piste d’athlétisme zébrée d’ombres à Tokyo, des silhouettes minuscules dans des architectures immenses. Le grand reporter charrie la rumeur du monde jusque sur les stades, et c’est ce pas de côté qui donne au festival sa profondeur.

Un festival qui dure tout l’été

La deuxième édition ajoute une corde à son arc : l’image animée. Le Deauville Sport Doc Festival, adossé à la manifestation, prolonge les expositions par des projections aux Franciscaines tout l’été. Les « Jeudis du sport » alignent notamment, le 16 juillet, l’histoire de deux Anglais partis entraîner la pire équipe de football du monde au bout des îles de Guam, puis, le 30 juillet, une plongée dans les chutes de plus en plus violentes du peloton cycliste. Chaque séance se conclut par un échange avec le réalisateur, cocktail à la main. Les plus énergiques peuvent même courir la programmation au sens propre : la ville organise des sessions de running de 6 kilomètres entre les expositions, à une allure raisonnable de 6’30 au kilomètre, prochains départs le 16 juillet et le 7 août.

Reste le pari de fond, résumé par le slogan de l’affiche : raconter le sport, révéler le monde. En sortant du Hangar pour retrouver la digue et son vent de suroît, on se dit que Deauville l’a tenu. Le sport y redevient ce qu’il est d’abord : une affaire de regards, celui du photographe, celui de l’athlète et, tout un été durant, le nôtre.

Crédit : Julien Thoraval

Deauville Sport Images Festival, jusqu’au 6 septembre, expositions en accès libre dans toute la ville. Programme complet sur indeauville.fr.

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