L’hommage qui a été rendu à Susan Sarandon avait donné le ton. Avant de lui remettre son trophée, la réalisatrice Euzhan Palcy, membre du jury a célébré « une femme phénoménale », « la courageuse artiste » et « l’inspirante » qu’elle est. « Merci pour les personnages. Merci pour les rires. Merci d’avoir semé le trouble, même pour les questions. Merci de garder ta lampe allumée », lui a-t-elle lancé. Puis cette phrase, comme une définition de son parcours : « Le cinéma ne consiste pas seulement à regarder le monde, c’est d’avoir le courage de changer notre façon de le regarder pour pouvoir le changer. »

Susan Sarandon écoute. Elle sourit. Une fois sur scène, l’actrice lâche cette phrase simple, qui semble faire remonter la première vague d’émotion : « Merci de soutenir mon travail, ce qui n’est pas le cas partout. » Quelques mots seulement. Mais dans la salle, chacun comprend ce qu’ils disent en creux.
Car Susan Sarandon n’arrive pas à Deauville comme une actrice seulement célébrée pour ses grands rôles. Elle arrive avec ce que ses engagements ont pu lui coûter. En 2023, après avoir publiquement soutenu la cause palestinienne et participé à des rassemblements appelant notamment à un cessez-le-feu à Gaza, elle avait été lâchée par son agence. Depuis, elle affirme avoir perdu des projets et continuer à subir les conséquences de ses prises de position.

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À Deauville, pourtant, pas de grand discours politique. Pas de règlement de comptes. Susan Sarandon reste d’une remarquable sobriété. Elle parle du cinéma, des films indépendants, de cette liberté artistique qu’elle considère comme essentielle. Elle évoque même avec enthousiasme le musée des Franciscaines, qu’elle trouve « sublime », et son plaisir d’être dans un festival capable de faire découvrir des œuvres venues d’ailleurs.
Mais au moment de conclure, quelque chose bascule. La star, très émue, revient à la liberté. Et prononce cette phrase : « Personne n’est libre tant que tout le monde ne l’est pas. » La salle applaudit. Susan Sarandon est en larmes.
Et pendant quelques secondes, il n’y a plus vraiment de frontière entre l’actrice récompensée, la femme engagée et le public qui lui fait face. Les applaudissements se prolongent, tandis que les larmes coulent sur son visage.

Une liberté qui n’est pas théorique
La phrase prend une force particulière ce soir-là. Parce que Susan Sarandon ne parle pas d’une liberté abstraite. Elle parle d’une liberté dont elle a elle-même éprouvé les limites. Elle sait ce que signifie continuer à parler lorsque cette parole peut vous coûter un contrat, une représentation, une place dans une industrie. Et elle sait aussi ce que signifie être accueillie ailleurs. « C’est un festival incroyable », avait-elle lancé quelques instants plus tôt. Une manière presque pudique de remercier Deauville pour cet accueil.
Elle s’était également attardée sur l’importance des festivals pour les petits films. À New York, expliquait-elle, les salles indépendantes étaient autrefois nombreuses à permettre au public de découvrir ces œuvres. « Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois », regrettait-elle en substance.
Alors, être là, à Deauville, pour présenter son nouveau film, compte. « C’est tellement important, spécialement pour les petits films », insistait-elle, heureuse de pouvoir aussi découvrir des films venus d’autres pays.
Et lorsqu’elle parle de son propre film, son discours retrouve une légèreté presque enfantine. « Pour moi, chaque film est vraiment une histoire d’amour », confie-t-elle. Celui qu’elle vient présenter ce soir est, dit-elle, « une histoire d’amour intéressante. »
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Une ovation pour une carrière, mais aussi pour une femme
Puis vient le moment du trophée. Susan Sarandon le reçoit sous les applaudissements. Mais quelque chose a changé. La salle ne vient plus seulement d’assister à la célébration d’une immense actrice américaine. Elle vient d’entendre une femme remercier ceux qui continuent de soutenir son travail, reconnaître que ce soutien n’existe pas partout et, malgré tout, ne rien retirer de ses convictions.
Avant de lui remettre son Deauville Icon Award, Euzhan Palcy avait salué son « indépendance », son « humanité » et « une carrière qui n’a jamais cessé de nous bousculer. » Jeudi soir, Susan Sarandon a montré que le mot « indépendance » n’était pas qu’un joli mot dans un discours d’hommage.
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