: Reportage « Une véri­table icône dont l’influence dépasse lar­ge­ment le ciné­ma » : Faye Dunaway en majesté au Festival du film américain de Deauville

Mardi 8 septembre à Deauville, la grisaille et les bourrasques n’ont pas découragé ses fans. Ils l’attendent. Sur l’une des cabines de cet endroit qu’on appelle « Les planches » figure désormais son nom, inscrit en lettres capitales : Faye Dunaway.

Elle s’est glissée entre Susan Sarandon et Brendan Fraser, deux autres « petits nouveaux » débarqués sur ce petit bout de côte normande fidèle au cinéma outre-atlantique, célébré cette semaine au cours la 52e édition du Festival du film américain, qui se tient à Deauville jusqu’au 13 septembre.

À Deauville, les fans attendent l'inauguration de la cabine de plage Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE) À Deauville, les fans attendent l'inauguration de la cabine de plage Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)
À Deauville, les fans attendent l’inauguration de la cabine de plage Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)

« C’est annulé ! », murmure une voix dans la foule massée autour de la cabine. « Elle ne viendra pas, ils l’ont annoncé sur les réseaux« , déplore une autre. « Une journaliste là-bas, me l’a confirmé. Elle a reçu un message« , ajoute une dame quelques minutes plus tard en montrant un petit groupe de photographes, bien placés, prêts à mitrailler. « Hier, elle est arrivée avec quatre heures de retard pour une conférence de presse« , murmure-t-on. « Oui, mais bon, là, c’est à cause de la météo ». La dame a l’air dépité. « On la verra ce soir« , se console-t-elle juste avant que la pluie ne s’abatte en trombe sur les planches et sur les curieux.

Vingt heures, devant le C.I.D. (Centre international de Deauville) qui accueille les soirées « Etoile » du festival, ils sont à nouveau là, devant le tapis rouge. Ils l’attendent. Deuxième chance pour glaner une dédicace, un selfie. Faye Dunaway doit arriver « d’un instant à l’autre« , annonce le commentateur. Dans la salle aussi, comble, les yeux rivés sur l’écran, on l’attend.

Faye Dunaway, 85 ans, est une icône. Et elle sait se faire attendre. Cette fille de militaire née en 1941 en Floride doit recevoir ce soir un Icon Award, manière pour le festival d’honorer cette « véri­table icône dont l’influence dépasse lar­ge­ment le ciné­ma pour s’étendre à la mode et à la culture popu­laire« .

L'actrice américaine Faye Dunaway pose pour les photographes dans le hall de l'hôtel Le Royal lors de la 52e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, le 8 septembre 2026. (GUILLAUME SALIGOT / AFP) L'actrice américaine Faye Dunaway pose pour les photographes dans le hall de l'hôtel Le Royal lors de la 52e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, le 8 septembre 2026. (GUILLAUME SALIGOT / AFP)
L’actrice américaine Faye Dunaway pose pour les photographes dans le hall de l’hôtel Le Royal lors de la 52e édition du Festival du cinéma américain de Deauville, le 8 septembre 2026. (GUILLAUME SALIGOT / AFP)

Vingt heures trente. On l’attend toujours. Pendant que les voitures défilent, et qu’à chaque portière qui claque la salle frémit, le commentateur en profite pour revenir sur sa carrière, longue de plus de cinquante ans, et riche de près de 80 films.

Entrée dans le métier de comédienne par les planches, elle découvre le théâtre à l’université, en Floride, où elle joue son premier rôle dans Médée. Après ses études, à l’âge de 21 ans, elle commence à prendre des cours de théâtre. Elia Kazan la remarque et lui offre ses premiers rôles sur les planches, notamment dans Après la chute, une pièce d’Arthur Miller.

L’actrice fait ses débuts au cinéma en 1967, dans The Happening d’Elliot Silverstein, avec Anthony Quinn. À peine lancée dans le 7e art, Faye Dunoway connaît la gloire en interprétant le rôle de Bonnie (écrit à l’origine pour Jane Fonda), dans Bonnie and Clyde d’Arthur Penn, avec Warren Beatty dans la peau de Clyde. Ce rôle lui vaut une première nomination aux Oscars en 1968.

Faye Dunaway travaille dès ses débuts avec les plus grands réalisateurs et les plus grandes stars d’Hollywood : Norman Jewison et Steve McQueen dans L’Affaire Thomas Crown, Elia Kazan, Kirk Douglas et Deborah Kerr pour L’Arrangement, ainsi que Dustin Hoffman dans Little Big Man d’Arthur Penn.

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Faye Dunaway a étudié le français « pendant des années« , c’est ce qu’elle nous dira plus tard quand elle sera arrivée, mais il est vingt heures quarante-cinq et on l’attend toujours. Ce bon niveau dans la langue de Molière lui a ouvert les portes du cinéma hexagonal en 1970 avec un rôle dans La Maison sous les arbres de René Clément, présenté hors compétition au Festival de Cannes.

De retour aux Etats-Unis, devenue une figure du Nouvel Hollywood, elle enchaîne les rôles : veuve mystérieuse dans Chinatown de Roman Polanski, elle est une nouvelle fois nommée aux Oscars en 1974, avant de retrouver Steve McQueen dans La Tour infernale. En 1975, elle est l’inoubliable Kathy Hale, kidnappée (et séduite) par Joseph Turner (Robert Redford) dans Les Trois Jours du Condor, de Sydney Pollack. Elle connaît la consécration en 1976, avec Network, main basse sur la télévision de Sidney Lumet. Ce rôle de journaliste prête à tout pour gagner des points d’audience lui vaut le Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice.

Faye Dunaway connaît un petit passage à vide dans les années 1980. Elle est à l’affiche des Yeux de Laura Mars en 1980, et reçoit en 1981 le Golden Raspberry Award aux Razzie Awards de la pire actrice pour son rôle dans Maman très chère. On la voit également au côté de Mickey Rourke dans Barfly, en 1987.

À Deauville, il est presque vingt et une heures et on l’attend toujours. Une voiture stationne devant le tapis rouge, personne n’en descend. On suppose que c’est elle. « Elle sera là d’une seconde à l’autre« , assure le commentateur, en revenant pour la énième fois sur sa carrière. Heureusement, il y a de quoi faire.

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En 1993 Faye Dunaway fait un retour remarqué dans Arizona Dream d’Emir Kusturica, avec Johnny Depp, qu’elle retrouvera deux ans plus tard dans Don Juan DeMarco, avec Marlon Brando. Infatigable, Faye Dunaway sera prochainement à l’affiche de Prima, d’Alessandro et Luca Morel­li, un film dans lequel elle donne la réplique à Nico­la Peltz Beckham. Et c’est justement à son bras qu’on la voit, à vingt et une heures passées, arriver enfin sur le tapis rouge.

« Être une icône, n’est-ce pas finalement une façon d’être au monde ?« , interrogera quelques minutes plus tard Philippe Augier, le maire de Deauville, après avoir salué la personnalité exceptionnelle de Faye Dunaway. « Jouer avec Faye Dunaway, c’est un rêve qui est devenu réalité« , déclare très émue Nico­la Peltz Beckham.

Faye Dunaway et Nico­la Peltz Beckham lors de la cérémonie de remise du Deauville Icon Award à Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE) Faye Dunaway et Nico­la Peltz Beckham lors de la cérémonie de remise du Deauville Icon Award à Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)
Faye Dunaway et Nico­la Peltz Beckham lors de la cérémonie de remise du Deauville Icon Award à Faye Dunaway, le 8 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)

Cheveux ramassés en chignon, robe noire, elle sourit et se prête, facétieuse, au jeu des photos et des questions lancées au vol avant d’arriver sur la scène, où le public l’accueille comme une reine. « Je ne sais que dire. I’m bouleversée d’être ici. Merci beaucoup« , lâche Faye Dunaway à la réception de son prix. « J’ai toujours aimé la France, et les Français, j’ai même étudié le français pendant des années pour pouvoir parler cette langue en France, et partout dans le monde« , ajoute-t-elle.

« Je suis très heureuse d’être à Deauville. C’est dans des festivals comme celui-ci, ou comme à Cannes, que l’on peut voir les meilleurs films du monde« , déclare-t-elle. « Faye, I love you« , déclare Nico­la Peltz Beckham, à l’unisson d’un public l’acclamant debout et ayant déjà pardonné à cette élégante icône de l’avoir fait attendre.

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