Retour sur 5 ans de culture partagée à Deauville : « On a réussi à créer un vrai lieu de vie aux Franciscaines »

À coups de crayons ou au stylo, le « mur des mots » disposé à l’entrée des Franciscaines donne le ton. Des petits messages ou dessins sur papier blanc racontent les histoires et les émotions des visiteurs qui ont erré dans ce lieu de vie culturelle, lu un livre allongé sur l’un des canapés des Univers, visité l’une des expositions du moment, vibré en assistant à un spectacle, pris le temps de s’offrir un café ou un repas au Réfectoire. « Dans ces petits mots, certains visiteurs nous disent qu’ils rêveraient d’avoir les Franciscaines là où ils vivent », sourit la directrice, Caroline Clémensat, fière du succès de l’établissement de Deauville (Calvados).

Franciscaines Deauville Philippe Normand, Caroline Clémensat et Cyril Le Boulaire.
Philippe Normand, Caroline Clémensat et Cyril Le Boulaire racontent le beau destin des Franciscaines. ©MM Remoleur

Cinq ans après avoir éclos, ce lieu culturel pas comme les autres s’est affirmé comme un lieu de vie essentiel à Deauville. Au gré de ses expositions, de ses spectacles, de ses conférences ou encore de ses rencontres, il a créé des adeptes et des souvenirs, fait naître des mots ou des émotions. Un temple culturel où les arts se mêlent, les pratiques se décloisonnent et les vies se croisent, qui a offert une nouvelle vie à ces murs à l’histoire déjà riche, et qui fête dès cette semaine ses cinq années d’existence et d’expériences culturelles partagées.

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Un esprit fidèle à ses débuts… mais qui s’est enrichi

Plus d’un million de visiteurs, 12 358 élèves et 66 339 spectateurs accueillis, 33 expositions organisées, 227 725 emprunts dans la médiathèque… Si ces chiffres symboliques en disent beaucoup sur la réussite du lieu culturel qui a ouvert en mai 2021, pour les équipes qui le font vivre au quotidien, la réussite va plus loin. « On a repris tous les programmes depuis 2021 et on s’est rendu compte qu’on est à la fois resté fidèle à l’esprit du début, c’est-à-dire la déclinaison des rendez-vous des Franciscaines en écho aux univers thématiques pour cultiver l’enrichissement des collections et les faire vivre à travers des rendez-vous, mais aussi qu’on l’a enrichi au fur et à mesure », se réjouit Caroline Clémensat.

Franciscaines
Un lieu pour explorer, lire, travailler, se poser. ©MM Remoleur
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Au gré des années, la programmation s’est enrichie « en nombre », mais aussi en accueillant de nouveaux formats « plus innovants », avec certaines « formes plus immersives, des résidences d’artistes plus importantes » ou encore en sachant saisir des opportunités, à l’image de la célébration des 150 ans de Flammarion. Le tout « en gardant toujours cette cohérence à partir d’une thématique, d’exposition, d’un sujet pour la décliner dans plein d’aspects ». La directrice sourit : « Au début, c’était notre volonté, mais ça ne transparaissait pas forcément pour le public. Je pense qu’aujourd’hui les repères sont donnés, ce travail d’articulation est bien plus clair ».

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Une façon de construire une programmation que l’on a pu voir par exemple autour de l’exposition dédiée à Sebastião Salgado ayant donné naissance à une saison culturelle autour du Brésil et de l’environnement en 2025. « Les expositions restent la locomotive des Franciscaines. Et nous, c’est ce qui nous guide dans l’élaboration de la programmation. Ça donne souvent le ton, même si ça n’exclut pas de rebondir sur l’actualité artistique ou littéraire et certains temps forts, comme quand on fait la célébration de l’anniversaire des planches ».

Et de rebondir aussi sur certains liens créés avec les artistes au fil du temps, « amenant à des propositions totalement inédites », le rappelle Philippe Normand, conseiller culturel, donnant l’exemple de la donation des 134 cahiers manuscrits de chansons de Pierre Delanoë qui ont donné naissance à des soirées inédites. « La confiance des prêteurs et des partenaires culturels s’est affirmée, même si on avait commencé fort, sourit la directrice. Cette année, on a une exposition consacrée à Raoul Dufy prêtée intégralement par Pompidou, on nous a aussi fait une proposition d’accueillir des œuvres de Monet pour créer une exposition en résonance avec son œuvre. C’est quand même un peu l’apothéose de la confiance qui est donnée à l’établissement ».

Zao Wou-Ki
Sur les 33 expositions, une était dédiée à Zao Wou-Ki. ©MMR

Le public s’est approprié ce lieu de vie

Depuis son ouverture, des millions de visiteurs ont passé le pas de la porte des Franciscaines, racontant une curiosité ou des habitudes désormais bien ancrées, comme le révèlent les 4 680 abonnés Friendciscaines. « Il y avait l’enthousiasme du départ, mais ça ne s’est pas estompé et on a fait évoluer les pratiques en enrichissant le Pass avec une possibilité d’accès illimité aux expositions, raconte la directrice. Ça a été une bascule importante dans l’appropriation du lieu dans toutes ses dimensions et dans la transformation de l’abonné en vrai ambassadeur des Franciscaines ».

Franciscaines Deauville
Un lieu pour explorer, lire, travailler, se poser. ©MM Remoleur

Dans la même logique, un pass étudiant a été créé. « Ce n’est pas un territoire qui se caractérise par la jeunesse, on en est bien conscients, et pour autant, aux Franciscaines, on les voit s’installer dans les lieux, venir travailler, se retrouver… C’est aussi quelque chose qu’on a vu évoluer sur les cinq ans : la façon dont tous les publics se sont approprié tranquillement les espaces, les usages du lieu ». Le public, mais aussi les artistes qui viennent puiser dans ce lieu l’inspiration pour créer. « Avec ses alcôves et ses espaces, c’est un lieu où l’on peut s’isoler, commente Philippe Normand. On a des écrivains qui viennent écrire, comme Lilia Hassaine qui y a écrit Panorama ».

Franciscaines Deauville 2026
Cinq ans après, il est devenu un vrai lieu de vie où la culture, qu’importent sa forme et son souffle, se partage avant tout. ©MM Remoleur

Un levier d’attractivité et un outil social

« C’est un vrai outil de transformation d’un territoire », insiste Caroline Clémensat. En effet, au-delà du bilan culturel, les Franciscaines ont eu un impact sur le territoire. « C’est un outil culturel, certes, mais aussi touristique et économique, parce que c’est un levier d’attractivité extraordinaire, il suffit de regarder les retomber médiatiques. Ça vient servir le territoire et lui donner cette dimension culturelle qui était travaillée depuis longtemps, mais qui n’était pas incarnée », rappelle la directrice qui considère qu’il s’agit également d’un véritable « outil éducatif » grâce au travail mené avec le tissu scolaire, mais aussi un « outil social » avec les ateliers d’écriture chapeautés par Zadig Hamroune et tout le travail réalisé au cœur du Fab lab. Ce dernier « s’est révélé être l’outil vraiment adapté à la mobilisation du public très éloigné de la culture » en lien avec différentes structures sociales, « pour les faire venir jusqu’aux Franciscaines dans le cadre d’un travail pédagogique autour de la création et du savoir-faire ». Ce « laboratoire de fabrication solidaire » propose ainsi trois à quatre actions par an pour créer en groupe autour de la photo, de la radio ou encore de la création d’objets. Il a aussi permis la création d’un livret FALC (Facile à Lire et à Comprendre), en collaboration avec l’ESAT Anaïs, pour permettre à chacun, quel que soit son niveau de lecture ou sa situation de handicap, de préparer et de vivre sa visite en toute autonomie.

Laboratoire solidaire Franciscaines
Avec les laboratoires solidaires, des liens se nouent. ©MM Remoleur

Cette envie d’aller chercher les personnes qui n’osent pas passer le pas de la porte des Franciscaines, ou ne se sentent pas légitimes, va se poursuivre. « Rien n’est gagné, on doit continuer à aller chercher, des gens de proximité qui, malheureusement, n’ont pas encore osé rentrer. On a réussi à créer un lieu de vie, mais on va continuer pour toujours mélanger les usages et les publics et renouveler l’offre culturelle ».

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